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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 13:55

Filles-copie-1.jpgTitre : Les filles sont au café.

Auteur : Geneviève Brisac.

Editeur : Points.

Nombre de pages : 288.

 

Quatrième de couverture :

 

 Se réfugier derrière un café fumant, ou dans la « seconde vie », dans les livres et les rêves. Songer au temps qui passe plus vite qu’une cigarette ne se consume. Surtout, raconter des histoires : un chauffeur de taxi qui récite Baudelaire, un déjeuner à treize convives, une fillette qui devient aphone. Des histoires poignantes, loufoques, anodines, et qui disent tout. »

 

Mon avis (Challenge Partage-Lecture 15) :

 

Ce qui m'a frappé d'abord avec ce livre est son originalité : cinquante-deux textes, un par semaine (je serai assez tentée de relire ce livre ainsi sur une année), entre le conte, la dépêche et la nouvelle. Les personnages portent des noms improbables, comme si leur étrangeté participait à la construction du recueil.

 

Ce qui nous est raconté sont des histoires du quotidien, écrit dans un style si prenant qu'il est difficile de lâcher le recueil. Je me disais, en lisant "encore une, allez juste une, elles sont courtes" et c'est ainsi que je me suis retrouvée à la moitié du livres. Ces histoires ne sont pas de simples récits à chute (même si des allusions aux contes ou aux nouvelles les plus connues apparaissent, comme La Parure de Maupassant), elles sont tour à tour drôles, émouvantes, satiriques, elles abordent des sujets légers, ou graves. Le tout forme un recueil parfaitement homogène, grâce à l'écriture élégante de Geneviève Brisac.


Une belle découverte.

 

 Book

 Objectif 8 / 19 dans le cadre du régime organisé par Leiloona.  

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:33

affaire-des-baskerville-10.jpgEdition de minuit - 190 pages.

 

Présentation de l'éditeur :

 

Les personnages littéraires ne sont pas, comme on le croit trop souvent, des êtres de papier, mais des créatures vivantes, qui mènent une existence autonome à l'intérieur des textes et vont jusqu'à commettre des meurtres à l'insu de l'auteur. Faute de l'avoir compris, Conan Doyle a laissé Sherlock Holmes se tromper dans sa plus célèbre enquête, Le Chien des Baskerville, et accuser à tort un malheureux animal, permettant au véritable assassin d'échapper à la justice. Ce livre rétablit la vérité.

 

Mon avis :

 

 

J'avais déjà entendu parler de ce livre, et j'étais un peu dubitative à son égard. Je craignais que l'auteur ne récrive l'histoire, et ne se permette des libertés avec l'un des romans policiers les plus connus. Comme ce livre m'avait été chaudement recommandé (et prêté) par un ami, je l'ai lu pendant mes vacances.

 

L'excellente surprise est que la construction de ce livre s'appuie avec force sur le Chien des Baskerville. Il ne le récrit pas, il démontre pièce à pièce la fragilité des déductions de Holmes et met à nue l'intrigue et ses contradictions. L'auteur nous  présent d'abord sa méthode de critique, puis analyse la méthode d'Holmes, basée avant tout sur les relevés d'indices et la psychologie. Pierre Bayard connaît non seulement le roman sur le bout des doigts, mais aussi l'ensemble des enquêtes de Sherlock Holmes. Avec rigueur, il rappelle les défaillances du grand détective (elles sont bien plus nombreuses que le lecteur ne le croit généralement), la complexité de la narration (tout repose sur des témoignages variés, et personne ne les corrobore vraiment) et présente une autre solution possible à l'enquête. Il replace également l'écriture de ce roman dans son contexte historique et rappelle à quel point ce héros pesait à Sir Arthur Conan Doyle, qui aurait aimé se consacrer à ce qu'il considérait comme sa véritable oeuvre littéraire.

 

Mieux qu'un roman policier : l'affaire du Chien des Baskerville.

 

Book 7/19 dans le cadre du régime organisé par Leiloona

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:17

que-serais-je-sans-toi-guillaume-musso

XO éditions - 299 pages.

 

Mon avis :

 

Ce roman est le tout premier livre que je lis de Guillaume Musso, il sera aussi le dernier. Je l'ai choisi hier dans le but de passer un bon moment de détente, et j'ai surtout passé un long moment à me hérisser devant l'avalanche de clichés. La première histoire d'amour, inoubliable, le rendez-vous manqué, volontairement (puis, ce n'est pas la faute de celle qui n'est pas venue, non, c'est celle de celui qui a traversé l'Atlantique et n'a même pas cherché à la recontacter après), le travail, obsessionnel, la seconde chance, treize ans après, la mère qui perd la vie en se sacrifiant pour que son enfant vive (j'ai immédiatement pensé à une réplique du docteur House, parce que je ne supportais déjà plus l'avalanche de guimauve), petite fille qui sera prénommée Gabrielle.

 

J'aurai envie de m'arrêter là et de vous parler Archibald, père de Gabrielle et voleur émérite. Comme par hasard, personne n'a pu l'arrêter pendant vingt-cinq ans et comme par hasard, Martin, charmant flic français obsédé par son travail, parvient tout seul comme un grand à l'identifier (là, j'ai pensé à Santa Barbara, le feuilleton des années 80, par association d'idées). Si seulement ce personnage de voleur au grand coeur (il ne tue personne, ne blesse personne, a une passion pour l'art) pouvait être intéressant, un héritier d'Arsène Lupin (qui, lui aussi rappelons-le, a quelques soucis avec sa progéniture). Même pas : très vite, le récit sombre à nouveau dans le mélo le plus banal, avec des rebondissements qui, au lieu de m'émouvoir, n'ont fait que m'exaspérer. Là, je croyais entendre la chanson de la comédie musicale Roméo et Juliette : aimer, c'est qu'il y a de plus beau.  Archibald, injustement jeté en prison pour un crime qu'il a à peine commis, a toujours été présent dans la vie de sa fille mais discrètement, si discrètement que Gabrielle ne s'en est jamais aperçu. J'avais envie de crier : stop !

 

Et bien, non, parce que le dénouement s'amorce, au cours d'une troisième partie qui nous fait quitter le réelle (enfin, l'eau de rose) pour le fantastique. Martin rencontre une adolescente qui a tenté de se suicider "par amour" et il la convainc de vivre, sans recommencer ses bêtises (comme si les causes d'un suicide étaient aussi simples, même pour la personne qui tente de mettre fin à ses jours). La rencontre a lieu, je vous le donne en mille, dans une "zone de transit" où les habitants semblent se livrer à des trafic de billet "destination vie"/ "destination mort" tandis que d'autres "vivent" ici depuis des décennies.

  

J'oubliais, pour terminer ce tableau, une description parfaite de Paris (j'ai tout reconnu alors que je ne suis même pas parisienne), une histoire de diamant maudit qui m'a rappelé Le diamant bleu de François Farges et Thierry Piantanida. si ce n'est que dans ce dernier livre, tout est vrai, des portraits d'une banalité confondante, et là, je crois que j'ai fait le tour de ce qui m'a déplu dans cette lecture.

Objectif 

 

 

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 15:01

C'est avec grand plaisir que j'ai découvert le tout dernier roman de Françoise Bourdin : le testament d'Ariane, que les éditions Belfond m'ont fait parvenir.

 

Ariane.jpg 

 

Mon résumé :

 

Ariane Nogaro est veuve, sans enfants. Pendant des années, elle s'est battue pour racheter la propriété familiale, ce qui lui a valu d'être traité (au mieux) d'excentrique, (au pire) de folle. Seule sa nièce Anne, comptable, marié à un vétérinaire, lui témoigne de l'affection. Aussi, Ariane va faire de sa nièce sa légataire universelle, lui léguant cette fameuse propriété, entourée de quatre hectares de pin. Se doutait-elle que son testament allait changer la vie très tranquille d'Anne ?  

 

Mon avis :

 

Le Testament d'Ariane est le premier tome d'une saga familiale (le tome 2 est en cours d'écriture). N'allez cependant pas vous méprendre. Ce premier tome ne se contente pas de poser les bases de l'action, de présenter les personnages et de contenir suffisamment de rebondissement pour que le lecteur ait envie de lire le suivant. Il est un roman extrêmement efficace. J'ai passé un excellent moment de lecture en sa compagnie, au point de lire la moitié du roman d'une traite. 

 

L'un des premiers atouts de ce livre est qu'il ne s'ouvre pas par la lecture du testament (trop classique) mais par son écriture. J'ai ainsi fait la connaissance d'Ariane, de son énergie, en dépit de son âge, et de sa lucidité. Ce portrait en actions dissipe tous les commentaires acerbes que les membres de sa famille s'empresseront de débiter.

 

 En effet, qui dit saga familiale, dit patrimoine familiale. Les aïeuls d'Ariane ont bâti la maison que son père, forestier en faillite, a été contraint de vendre. Ariane a voué sa vie à son rachat, comme si elle réparait la faute originel de son père qui n'a pas su la conserver, et ne veut plus que cette propriété quitte la famille Nogaro. Bien qu'elle soit dénigrée par sa famille, elle partage avec Gauthier, son frère, et Paul, le mari de sa nièce préférée, un point commun : un attachement profond à leurs maisons, celles qu'ils ont construites ou celles qu'ils ont choisies, prolongement ou opposition à ce qu'ils ont vécu dans l'enfance. 

 

Un seul membre de sa famille trouve grâce à ses yeux : sa nièce Anne. Comme Ariane le remarque elle-même, son prénom est contenu dans celui de sa tante (tout comme le prénom du mari d'Anne, Paul, est contenu dans celui du dernier mari et véritable amour d'Ariane, Paul-Henri). Pourtant, quand le personnage a été présenté, je l'ai trouvé très conformiste. Anne est mariée, elle vit un bonheur sans nuages, elle exerce à son domicile le métier fort passionnant de comptable, elle est mère d'un adolescent, Léo qui est en pension selon les voeux de son père, vétérinaire sans histoire. Nous sommes loin de l'excentrique Ariane.

 

Pourtant, la lecture du testament bouscule cette vie si bien réglée. Pour la première fois, Anne possède quelque chose qui est entièrement à elle, et s'aperçoit (à sa grande douleur) qu'elle excite jalousie, envie, rancoeur, de la part de sa propre mère (son père se montre plus serein), et de sa fratrie. Ce "tas de pierres" dont elle a hérité la prive même du soutien de son mari et sert de révélateur à des conflits ignorés.  Le problème de la transmission est bien plus vaste que que l'héritage de la maison. Gauthier Nogaro, le petit frère d'Ariane, s'interroge sur ce qu'il a réussi (ou non) à transmettre à ses quatre enfants. Le récit ne se focalise pas uniquement sur Anne et ses questionnements, bien légitimes, mais aussi sur chacun des membres de la fratrie. Nous découvrons ainsi le décalage (ou la coïncidence) entre leurs discours et leurs intentions. Il est ainsi touchant de voir que les seuls véritables soutiens d'Anne sont Julien, l'associé de son mari, et Goliath, le chien de sa tante (il fait aussi partie de l'héritage, ne l'oubions pas, il est le gardien des lieux).

 

Ariane reste présente même après sa mort. Jamais les membres de sa famille n'ont autant pensé à elle que depuis sa disparition. De plus, la lecture de son journal par Anne rythme le récit. Ariane s'y montre sans fard, et décrit ses proches avec lucidité. Anne est amenée ainsi à voir ses parents, ses frères et soeur à travers le regard d'Ariane - et cette prise de conscience ne va pas sans douleur.  

 

  Un grand merci aux éditions Belfond pour m'avoir fait découvrir ce livre.

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Si vous voulez en savoir plus sur Françoise Bourdin et ses romans, n'hésitez pas à aller visiter son site Facebook : link

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 14:50

Alice KahnTitre : Alice Kahn.

Auteur : Pauline Klein.

Editeur : Allia.

Nombre de pages : 126 pages.

 

Mon avis

 

J'ai lu ce livre au mois de novembre, et j'ai tardé jusqu'à maintenant pour écrire mon avis.  Je ne trouvais pas grand chose à dire de plus que tout ce que j'avais lu sur lui.  J'ai déjà été très longue avant de l'acquérir : j'ai tourné autour de lui parce qu’avant de connaître son contenu, je trouvais que ce roman était un bel objet. Je me suis finalement laissée tenter, d’autant plus que ce premier roman était bref.

 

Ce roman est particulièrement déroutant, grâce à sa narratrice et personnage principal Qui est-elle ? Comment s’appelle-t-elle ? D’où vient-elle ? Nous ne le saurons pas. Elle est une page blanche, une performeuse du quotidien. Elle est Anna, parce qu'un photographe a cru la reconnaître et elle accepte cette identité. Elle est aussi Alice Kahn, sa créature, sa création, qu'elle parvient à faire vivre par les histoires qu'elle a inventées sur cette artiste "hors-norme" (forcément, puisqu'elle n'existe pas) et à endosser ce rôle, de temps en temps, notamment au Musée de la Vie Romantique. Je me suis demandée si elle ne cherchait pas à symboliser la femme soumise, puisqu'elle est exactement ce que les autres attendent d'elle, alors qu'elle est une manipulatrice hors-pair. Elle cache ses failles sous ses comédies du quotidien. Que fuit-elle donc, pour ne pas être capable d'assumer sa véritable identité ?Les bribes qui nous sont dévoilées sont trop minces pour reconstituer son passé - et rien ne prouve qu'elles ne sont pas nées à nouveau de son imagination fertile. Ce roman est aussi une satire assez drôle de l'art contemporain. Certains faits rapportés sont tellement outranciés que le texte est proche de la caricature.

 

Cette première oeuvre ne m'a pas laissée indifférente, tant elle m'a forcée à m'interroger sur les procédés utilisés.  le style est à la fois précieux et soigné. Pauline Klein est une romancière à suivre.

 

challenge-du-1-litteraire-2010

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 11:44

 

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Titre : Le cœur régulier.

Auteur : Olivier Adam.

Editeur : Editions de l’Olivier.

Nombre de pages : 232. 

 

Quatrième de couverture :  

 

«Vu de loin, on ne voit rien», disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là «si parfaite ». Le cœur en cavale, elle s’enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan prétendait avoir trouvé là-bas auprès d’un certain Natsume. En revisitant les lieux d’élection de ce frère disparu, Sarah a l’espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui; Mais c’est sa propre histoire qu’elle va redécouvrir, à ses risques et périls. 

 

Mon avis :  

 

Ce roman m’attire depuis sa parution. Je me suis demandée combien de temps je tiendrais avant de le lire. J’ai désormais la réponse.

  

Pour moi, ce roman marque une évolution dans l’œuvre d’Olivier Adam. Nous retrouvons dans ce livre ces thèmes de prédilections : la gémellité, le deuil, la fascination pour le suicide, la dépression. L’écriture est encore heurtée, hachée, prise dans une urgence. Pourtant, un sentiment d’apaisement domine. Il est dû notamment aux descriptions particulièrement riches et colorées. Ses pauses dans le récit apportent une sérénité qui manquait jusque là aux écrits d’Olivier Adam. Puis, si le personnage principal a le temps d’observer ce qui se passe autour d’elle, n’est-ce pas le signe de sa renaissance ?

  

Comme dans A l’abri de rien, l’héroïne est une jeune femme, minée par la dépression à cause de la perte d’un être cher (une sœur aînée pour l’une, un frère aîné pour l’autre). Si l’une, en dépit de son engagement en faveur des sans-papiers, s’enfonce de plus en plus jusqu’au point de non-retour, l’autre réagit en partant sur les traces de ce frère tant aimé. Elle laisse derrière elle un mari trop parfait (il était pourtant celui qu’il lui fallait pour calmer ses angoisses), ses adolescents très indépendants qui n’ont plus besoin d’elles, des parents et une sœur qui ne sont qu’indifférence. Elle laisse aussi la mysogynie et la compétitivité forcée du monde de son entreprise, les conventions sociales, une certaine rigidité également. Elle veut comprendre ce qui l’avait transformé, elle veut savoir pourquoi il est mort.

 

Au Japon, ce n’est pas tant son frère qu’elle retrouve qu’elle-même. Natsume, ancien policier, arpente les falaises jour après jour pour empêcher les suicides. Parfois il y arrive, parfois non. Ce qu’il dit à ces personnes est d’une telle simplicité et d’une telle humilité que s’en est confondant - en filigrane, il rappelle que les actes valent mieux que les discours. Tant pis si ce qu’il apprend à Sarah lui fait un peu mal : il trouvera un écho dans les propos rageurs de Clara, la petite sœur négligée : « Seulement, ma pauvre, il n’y a pas d’amour, juste des preuves ». Sarah s’est écartée de son frère parce qu’il lui faisait peur, parce qu’il était ce qu’elle avait peur d’être, et qu’elle avait passé sa vie à mettre des garde-fous entre ce qu’elle voulait être et sa véritable personnalité, comme si l’existence chaotique lui imposait davantage de rigueur.

 

 Ce roman est avant tout l’écriture d’un retour à la vie et non d’un retour avec sa vie et la future naissance de son neveu, l'enfant de son frère, va de paire avec la renaissance de Sarah.

 challenge-du-1-litteraire-2010

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 10:01

France-80.jpg

Auteur : Gaëlle Bantegnie.

Editeur : L’arbalète Gallimard.

Nombre de pages : 220

 

 

Quatrième de couverture :

 

 

Samedi 26 mai 1984, Rezé-lès-Nantes. Claire Berthelot, treize ans, se lève, enfile ses chaussons, retape le canapé-lit en velours marron, ramasse les emballages des Raider laissés çà et là, ramène à la cuisine un cendrier marocain à demi-plein, en revient une lavette rose à la main, essuie un par un les carreaux de la table du salon, y dépose délicatement le Télé 7 jours avec Jacques Martin en couverture. A Palma de Majorque, Patrick Cheneau, vingt-sept ans, est nu dans le lit de 140 de sa chambre d’hôtel, le drap et la fine couverture de laine verte roulés à ses pieds. Dans ses moments de lucidité, il fait basculer son grand corps fébrile vers la droite et glisser son bras poilu à gourmette le long du lit à la recherche de la bouteille de Contrex.

 

Patrick Cheneau n’emmènera jamais Claire danser au Louxor dans sa Fuego bleue ; Claire Berthelot n’invitera jamais Patrick à la boum du collège salle 215. Claire et Patrick ne se connaissent pas. Ca ne les empêchera pas de tomber amoureux de Nadine, de passer en seconde G, de devenir VRP, de se décolorer en blonde, de coucher avec ses clientes, de passer l’aspirateur, d’être bourré au gin-fizz, de se faire tripoter par John, de jouer au Trivial Pursuit, d’écouter Like a Virgin dans un walkman flambant neuf.

 

 

Mon avis :

 

 

J’ai longtemps tourné autour de ce roman, avant de me décider à l’acheter et à le lire dans la foulée. Surprise ! Ce livre est extrêmement facile à lire, je me suis laissée emporter par ce récit. Je suis allée au bout de ce livre sans m’en apercevoir.

 

La chronologie du récit, qui se déroule sur cinq ans, est extrêmement précise, chaque chapitre s’ouvre pas une date, indique parfois l’heure et le lieu comme s’il s’agissait d’un journal de bord d’une époque révolue. Nous suivons l’itinéraire de deux personnages, Claire, une lycéenne mal dans sa peau et Franck, VRP, séducteur impénitent et sûr de lui (il résume à lui seul tous les clichés d‘une époque).

 

Bien sûr, ce qui m’a attiré dans ce roman, c’est qu’il parlait d’une époque que j’ai vécue. J’ai quasiment l’âge de Louisa, la petite sœur de Claire. J’ai reconnu la plupart des marques et des émissions qui ont été citées. Au début, ce procédé rend presque le récit étouffant. Il donne l’impression de dresser un catalogue exhaustif de toutes les marques qui existaient à l’époque. Puis, j’ai cherché sa signification : montrer que la société de consommation existait déjà à l’époque ? Montrer surtout qu’elle étouffait tout et que le paraître, l’avoir remplaçait déjà l’être.

 

S’ils sont capables de mettre des mots sur ce qu’ils possèdent ou désirent posséder, ils sont incapables de mettre des mots sur leur mal-être. On le fera, plus tard, dans les années 90. On parlera de troubles obsessionnelles compulsif, on parlera de boulimie, et de bien d’autres pathologies encore. Pour être exact, ils sont incapables de mettre des mots tout courts. Le dialogue est difficile, pour ne pas dire impossible entre les personnages. Le métier de Franck est à cet égard très représentatif car son discours, bien rodé et efficace, a pour but de vendre, et aussi de se vendre lui-même, son activité principale étant de séduire ses clientes avant de leur placer un des produits phares des années 80. En revanche, son beau discours tombe à plat face à sa compagne, Nadine, absolument pas dupe de ses manœuvres pour lui imposer ses volontés.

 

La fin du roman, qui nous mène aux portes des années 90, reste ouverte, et c’est à nous d’imaginer ce qu’ils deviendront. Certes, le récit comporte parfois des anticipations, mais elles se portent davantage sur des personnages secondaires (la grand-mère de Claire, une de ses amies) ou sur l’évolution des produits consommés (nous savons quand Claire aura son premier portable, comme nous avons su quand elle a eu son premier bic) que sur leurs destinées individuelles. L’avoir a définitivement triomphé sur l’être.

 

Ce premier roman est très prometteur, je suivrai de près les prochaines publications de cette auteur.

 

 challenge-du-1-litteraire-2010

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 10:17

Kyoto Limited Express

Titre : Kyoto limited express

Auteur : Olivier Adam

Editeur : Points.

Nombre de pages : 160.

 

Circonstances de lecture :

 

Je pense que je ne vous étonnerai pas trop en vous disant que, vu la taille de ma PAL, j’ai souvent du mal à choisir mes prochaines lectures. Aussi, quand j’ai vu qu’Anne (De poche en poche) (link) participait à une lecture commune sur Kyoto Limited express, je lui ai demandé de m’ajouter à la liste des nombreux participants : Aproposdelivres (link), Nymphette (link ), Mrs Pepys (link ) et Achille49 (link)

 

Quatrième de couverture :

 

Pour Simon Steiner, revenir à Kyoto, c'est retrouver les lieux du bonheur enfui. Sa vie ne se ressemble plus, pourtant ici tout demeure inchangé. Il déambule, entre mélancolie et ravissement, dans la douceur apaisante des souvenirs et des paysages. Un pèlerinage japonais sur la trace des absentes, au fil des temples, des ruelles et des bars.

 

Mon avis :

 

De prime abord, je ne savais à quoi m’attendre. Un récit de voyage ? Un roman ? Les deux à la fois en fait. Simon Steiner, écrivain, a survécu au pire : la mort de sa fille unique. Pas de pathos superflu, pas de colère ou de haine, pas non plus de digression nous exposant les causes de la mort de Chloé : elle a quatre ans pour toujours, les causes ne changent rien à ce fait.

 

Simon revient trois ans après en pèlerinage sur les lieux où lui, sa femme et sa fille ont été heureux. Comme Paul Verlaine dans son poème «Après trois ans», il pourrait dire «Rien n’a changé. J’ai tout revu». Comme Paul Verlaine, il manque à ces lieux les êtres aimés. Hiromi est une compagne de voyage, pas une amoureuse. Sensible, il perçoit les souffrances des autres, ce fait infime qui les écarte des autres. Sensible, il se rend dans des lieux de recueillement, le dernier étant la villa où lui et sa famille ont vécu.

 

Parenthèses au milieu du récit, les notes de chevet juxtaposent moments douloureux du présent et souvenirs heureux du passé, réunis par thème.

 

Les photos sont là sans êtres omniprésentes. Elles illustrent un moment du récit, tout en restant des images intimes d’un Japon peu connu. 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 22:08

brillant-avenir.jpg

Titre : Un brillant avenir.

Auteur : Catherine Cusset.

Editeur : Folio.

Nombre de pages : 370

 

Quatrième de couverture :    

 

En 1958, malgré l’opposition de ses parents, Elena épouse Jacob, un Juif. Elle réalise son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceaucescu et émigrer aux Etats-Unis.

 

Elle s’y fait appeler Helen et rompt avec son passé. Mais, vingt ans plus tard, elle se retrouve confrontée à une réalié qui lui échappe : l’indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse Marie, une Française. Compte-t-il partir à son tour ?

 

Helen n’aime pas la jeune femme, qu’elle trouve égoïste et arrogante. Marie a peur de cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose - leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme -, quelque chose grandit qui ressemble à de l’amour.  

 

Mon avis : 

 

J’ai laissé passer du temps entre la lecture de ce livre et la rédaction de mon avis, car je ne peux pas vraiment dire que je l’ai apprécié. Je n’ai pas été touché par le destin de cette femme. Pourtant, le livre est remarquablement écrit, le texte est techniquement parfait, ciselé au cordeau. Serait-ce cette précision technique, jointe à la difficulté qu’à l’héroïne à exprimer ses émotions, qui font que je n’ai ressenti que peu d’émotions en lisant ce livre ?

 

Dès le départ, le dénouement nous est connu, ce qui ôte une dimension au roman : je n’ai eu strictement aucune inquiétude pour l’héroïne, je savais que quelles que soient les épreuves qu’elle traverserait, elle et sa famille les surmonteraient. L’intérêt est plutôt de savoir comment Elena, douce petite fille aimant le français, est devenue Helen, américaine aisée et extrêmement stricte.

 

Helen a réduit la cellule familiale à sa plus simple expression : son mari et son fils. La venue de sa belle-fille est ainsi une intrusion intolérable puisqu’elle perturbe le « brillant avenir » qu’elle avait programmé pour son fils, et ce, depuis fort longtemps. Helen n’a pas d’amis non plus, si ce n’est deux collègues de travail. Au moindre affront (ou supposé tel), elle coupe immédiatement toute relation de manière définitive. Le fait qu’elle ait vécu une enfance solitaire, sans ami et quasiment sans amour, la nécessité de cacher son amour puis la nécessité de dissimuler ses véritables opinions font qu’elle est incapable de se confier ou même de dire, simplement, ce qu’elle a sur le cœur. Helen a beau trancher dans le vif, elle reproduit sur son propre fils ce qu’elle a elle-même vécu - et son fils, tout comme elle, choisira avec détermination sa nouvelle cellule familiale. Ce n’est que parce que son fils est le seul amour de sa vie qu’elle passera outre et parviendra à « créer un pont » entre elle et sa belle-fille. Helen a appris à enfouir au plus profond d’elle-même le moindre signe de faiblesse, si bien qu’elle ne l’admet pas non plus chez les personnes qu’elle aime.

 

Avec Elena, nous avons un aperçu des atrocités de ce siècle : la Shoah, le communisme, les conflits au Moyen-Orient. Avec Helen, nous découvrons que la vie aisée aux Etats-Unis n’empêche pas les sacrifices, petits ou grands, ni les souffrances.

 

Camille est comme l’aboutissement de tous ses efforts et elle est promise elle aussi à un «brillant avenir ». Pourra-t-elle le choisir ?

 

                                          challenge                   Objectif

 

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 14:27

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Titre : Cher amour.

Auteur : Bernard Giraudeau.

Editeur : Points.

Nombre de pages : 300. 

 

Quatrième de couverture :  

 

C’est à madame T., la femme aimée, sublimée mais jamais rencontrée, que s’adressent les lettres réunies dans ce magnifique carnet de voyage. De l’Amazonie aux bordels de Manille en passant par les planches des théâtres parisiens, Bernard Giraudeau arpente le monde et cultive son amour rêvé. Personnages légendaires et simples quidams se côtoient dans un récit poétique et cru, intime et flamboyant.

 

Mon avis :  

 

J’ai acheté ce roman peu après le décès de Bernard Giraudeau. Premier constat : se procurer un roman de ce comédien auteur tenait de la gageure. Cher amour est le seul que j’ai pu trouver. Il semblerait que les librairies soient mieux fournies désormais.

Cet ouvrage est étonnant. Je m’attendais à lire un roman d’amour, un roman épistolaire ou un carnet de voyage. Garder une seule étiquette serait trop réducteur, les trois sont nécesaires.

Il est troublant de lire la part de réel dans ce romans, nous partageons ce que l’acteur a ressenti au théâtre. Peu m’importe de savoir si madame T. existe ou non. Elle est évanescente, légère, éloignée de ce que vit le romancier voyageur. Elle est essentielle car si elle ne répond pas, elle est au centre des pensées du narrateur.

Les voyages semblent des respirations obligatoires entre chaque expérience professionnelle. Plusieurs voyages sont racontés : Brésil, Chili, Philippines, Djibouti et le Cambodge. Tous ont cependant des dénominateurs communs. Les lieux ne sont pas ce qui prime, ce sont les gens qui y ont vécu et qui y vivent. Ce sont les rencontres qui ont leur importance, les confidences simples et pudiques qu’il recueille. Ni jugement ni complaisance de sa part, mais un humanisme vrai, qui lui fait rencontrer l’autre d’égal à égal. De même, il constate les conditions difficiles de vie, et le courage de ceux qui les subissent.

Ce qu’il cherche ? Les passions amoureuses qui se sont inscrites dans l’histoire. Histoires violentes et cruelles, peuples oubliés, condamnés. Il montre une soif de connaissance rare. S’il nous conte son passé, ce n’est jamais pour se mettre en valeur. S’il nous raconte le passé de ses accompagnateurs, c’est pour rappeler à notre mémoire que la barbarie n’est pas éloignée de nous dans le temps. Il ne nous donne pas des leçons de morale sur le devoir de mémoire : il l’applique noir sur blanc.

Bien sûr, certains récits sont un peu sanglants, et j'ai lu "a part" les récits de voyage et les récits de théâtre. Néanmoins, cette lecture fut particulièrement enrichissante, notamment grâce à l'écriture particulièrement élégante de Bernard Giraudeau.

 

Ce livre a fait l'objet d'une lecture commune avec Anne (link) Pascale (link) et L'or des chambres (link).

 

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