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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 18:20

nous-etions.jpgTitre : Nous étions des êtres vivants.

Auteur : Nathalie Kuperman.

Editeur : Gallimard.

Nombre de pages : 203.  

 

Quatrième de couverture :  

 

« Cela faisait maintenant une année entière que nous étions à vendre. Nous avions peur de n’intéresser personne, pour le plan social. On attendait le grand jour, le jour des pleurs, des adieux, et peut-être éprouvions-nous quelque plaisir à rendre poignantes, par avance, ces heures où nos vies basculeraient, où nous serions tous dans le même bateau, agrippés les uns aux autres avant de nous quitter pour toujours. Et puis, un jour, alors que nos habitudes avaient repris le dessus et que nous continuions à travailler comme si rien ne devait advenir, on nous a réunis pour nous annoncer qu’un acquéreur potentiel était en pourparlers. Des sourires se sont peints, des grimaces aussi. Nous avions cessé d’y croire. Retourner à l’espoir n’était pas chose simple. »

Ils étaient des êtres vivants, ils se trouvent soudain au bord du néant social. Nathalie Kuperman fait entendre, non sans humour ni colère, leurs voix intérieures, ponctuées en basse continue par le chœur des salariés : un chant de notre époque.

 

Mon avis :

 

Nathalie Kuperman nous raconte une tragédie moderne en trois actes, avec chœur et personnage. L’unité de temps (un weekend, pas plus) est respecté, et le changement de lieu va être cause de bouleversement.

 

Se pourrait être un roman social, qui rappellerait Zola, si ce n’est que la solidarité n’est qu’un mot. Le but de chacun n’est pas tant de lutter pour conserver la maison d’édition dans son intégrité mais de garder ses avantages acquis et bien sûr, son métier. Deux camps se dessinent, dans cette entreprise : ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas. Pour les premiers, la défense est facile : ce n’est pas moi, en tant que salarié productif, qui mérite de conserver mon poste, c’est moi en tant que personne dont dépendent d’autres personnes (et tant pis si j’ai toujours fait passer mes enfants au second plan à cause de l’entreprise). Pour les deuxièmes, la situation est plus critique. L’entreprise et leur carrière sont toutes leurs vies, comme Muriel ou Agathe. Sans enfants, elles ont développé des passions enfantines, pour ne pas dire puériles et inquiétantes, proches de la névrose.

 

Il faut dire que l’univers dans lesquels les personnages évoluent est dédié à l’enfance. Tout autant que sur le monde du travail, et les moyens de le pervertir, ce roman interroge sur le devenir des publications pour enfants, à l’heure du numérique. Il est dommage que le roman ne fasse qu’effleurer cette question. Surgit alors Paul, le repreneur, le seul qui ne sera jamais narrateur. Il se rapproche de l’ogre des contes pour enfants : gros, laid, prêt à tout dévorer sans pitié, il répand les clichés les plus éculés sur tous les sujets que vous voudrez.

 

Lors de la première partie, les chapitres sont relativement courts. Chaque narrateur, dont la voix intérieur bourdonne, est nommé en tête de chaque partie. Tous, sauf la DG : le prénom importe peu, seule la fonction a force de loi. Puis, les chapitres prennent de l’ampleur dans la seconde partie, emmenée par la détermination folle d’une seule personne. La troisième partie est plus mesurée : étonnement des uns, froide analyse de l’autre, apaisement pour de trop rares personnes. Reste toujours l’impossibilité dans cette débâcle, de s’unir.

 

Nathalie Kuperman signe un état des lieus du monde du travail en France, sans espoir d’aucune sorte.

 

Ce livre participe au challenge 1 % littéraire 2010.

 challenge-du-1-litteraire-2010

 

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commentaires

Theoma 14/10/2010 10:26


Je l'ai noté mais je ne suis pas motivée à m'engager aujourd'hui dans une lecture sans espoir. J'ai besoin au contraire de me dire que le monde est possible !


Sharon 15/10/2010 15:52



Je peux difficilement te dire le contraire. De plus, ce livre laisse des traces : je l'ai lu il y quelques semaines déjà, et j'ai du mal à me débarrasser de mes souvenirs de lecture pour passer
sereinement à d'autres livres.



Cécile 24/09/2010 14:34


Hum ça m'a l'air un peu sombre... JE vais passer mon tour sur celui là...


Sharon 24/09/2010 19:55



Ce n'est pas un livre qui incite à la réjouissance. J'ai néanmoins apprécié de pouvoir le découvrir.



Cyndy 22/09/2010 23:15


Est ce le même genre de livre que Anna Gavalda?


Sharon 23/09/2010 10:05



Pas du tout : le style est très sec, très froid. Il n'y a ni tendresse ni compassion pour les personnages - sans doute parce que eux non plus n'en éprouvent pas.



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