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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 00:29

Mathilde-et-Marie.jpgJ'arrive au bout de cette série de portrait, presque avec soulagement, tant le destin des soeurs de Sissi n'a rien à envier à celui de leurs soeurs. Après avoir longtemps hésité, j'ai choisi de faire un seul portrait pour Marie et Mathilde, car elles étaient inséparables dans la vie.

 

Marie est née en 1841, Mathilde, dite Spatz (moineau)  en 1843. Elles ont épousé les deux frères : Marie s'est unie en 1859 avec le roi François II des Deux-Siciles, Mathilde avec son frère cadet, le comte de Trani, en 1861. Ce dernier mariage, arrangé avec l'aide de Sissi, aurait été la preuve de la volonté de ne pas être séparées.

 

Je le dis tout net : les deux mariages furent malheureux. Si Marie eut un comportement héroïque lors du siège de la citadelle de Gaête, étant l'âme de la résistance contre l'armée de Garibaldi (elle n'avait que 19 ans !), son mari se comporte comme a) un lâche b) un couard c) un pleutre d) tout cela à la fois. Pendant son séjour à Rome après la défaite, Marie s'éprend d'un zouave et donne naissance à une petite fille. Las ! L'enfant lui est retirée et est confiée à la famille de son père. Une réconciliation a lieu entre les époux, une petite fille voit le jour en 1864 mais Maria Christina mourra au berceau.

 

Pour Mathilde, la situation conjuguale n'est pas mieux, même si son mari est plus courageux que celui de sa soeur : lui a défendu la Sicile contre les troupes de Garibaldi.On raconte qu'elle aussi a des liaisons, on raconte qu'elle aussi aurait eu un enfant illégitime, mais nous n'avons pas de preuves concrètes de cette naissance. Elle donnera naissance à une unique fille légitime en 1867, Marie-Thérèse dite Mädi. Celle-ci fut très proche de sa cousine Marie-Valérie, fille de Sissi.

 

Les années passent. Marie et Mathilde demeurent inséparables, et s'habillent de la même manière, pour brouiller les pistes. Les drames continuent. Le mari de Mathilde se suicide en 1886. Quant à Marie, sa jalousie pour sa soeur Elisabeth la pousse à la calomnier auprès de Rodolphe, blessant profondément le jeune homme : je n'ai pas voulu passer sous silence cet épisode peu reluisant.

 

Si Marie-Thérèse de Trani se marie en 1889 et donne trois petits-enfants à Mathilde, en revanche une maladie dégénérative lui fut diagnostiquée. Sa mère s'occupera d'elle avec beaucoup de dévouement et de douleurs, les dernières années sont terribles : Marie-Thérèse meurt en 1909.

 

Les deux soeurs survécurent à la première guerre mondiale, à la chute de l'Empire austro-hongrois. Elles moururent toutes les deux en 1925.

 

Biographie : en plus des livres précédemment cités, je rajoute Sissi, ses frères et soeurs : Valse tragique à Vienne d'Erika Bestenreinner.

 

chateau-baviere

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 22:05

Je poursuis mes articles sur la famille de Sissi avec sa soeur aînée Hélène.

 

220px-Helene_-a_gauche-_et_sa_soeur_Sissi.jpgHélène (à gauche) et sa soeur Elisabeth

 

Si vous avez regardé la série de films avec Romy Scheider, vous la connaissez : c'est elle qui avait été choisie par sa mère pour épouser François-Joseph, Elisabeth n'était là que pour donner le change. Les fiançailles n'eurent pas lieu, et être rejeté par l'empereur n'était sans doute pas sans conséquence pour une jeune duchesse en Bavière.

 

1-Helene.jpg

 

Elle est née en 1834, elle avait dix-huit mois de plus que Sissi. Elle est la fille aînée de la famille, née après deux garçons (l'un d'eux était mort en bas âge). Après ce qui fut l'humiliation de se voir rejeter par l'empereur, elle épousa en 1858 le prince Maximilien Von Thurn und Taxis.

 

Helene2.jpg

 

Et puis ? Et puis c'est tout, ou presque. Hélène semble avoir mené une vie heureuse et sans histoire auprès de son mari. Puis le drame survient onze ans plus tard : à trente-six ans, le prince meurt, laissant Hélène veuve, avec quatre enfants (elle venait de mettre au monde le dernier. Les enfants grandissent, se marient, mais Hélène a la douleur de perdre sa seconde fille : Elisabeth n'a que 21 ans et déjà trois ans. Son second fils Maximilien meurt à l'âge de 23 ans, en 1885. Elle ne s'en remettra pas. Elle meurt en 1890, à l'âge de 56 ans.

 

Edit du 20 mars : j'ai oublié un fait important. En 1860, Sissi, malade, part pour Madère. La cour la juge condamnée. Qui l'accompagnera lors de son voyage ? Hélène, sa soeur aînée, alors jeune maman. Un biographe affirme  que l'amour d'Hélène pour sa cadette fut pour beaucoup dans le rétablissement de Sissi.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 10:43

Je pensais écrire les articles sur les soeurs d'Elisabeth de Bavière un peu plus tard dans le mois, mais nous sommes aujourd'hui la journée de la femme, et qui mieux que Sophie de Bavière pour illustrer ce que signifiait être une femme au XIXe siècle.

 

220px-Sophie_Charlotte-_Herzogin_von_Bayern.jpgSophie-Charlotte de Bavière

 

Sophie est n ée le 22 février 1847. Elle est la dernière soeur d'Elisabeth à qui elle ressemblait beaucoup. Elle est également la dernière à ne pas être mariée. Or, Louis II de Bavière, son cousin, la choisit comme sa fiancée - certains disent à cause de sa ressemblance avec sa soeur. Peu après ses fiançailles, Sophie s'éprend d'Edgar, un jeune photographe à qui elle écrit des lettres enflammées. Mais cette passion secrête ne sera pas la cause de la rupture des fiançailles. Louis II repousse à plusieurs reprises le mariage. Max, le père de Sophie, pause alors un ultimatum à son futur gendre : soit il épouse Sophie avant la fin de l'année, soit les fiançailles sont rompues. Louis se dérobe à nouveau.

 

Fiancailles.jpgLes fiançailles de Sophie et de Louis.

 

Pour effacer le scandale de voir la jeune duchesse ainsi dédaignée, il faut la marier, et vite. Sophie épousera le 28 septembre 1868 le duc d'Alençon, petit-fils de Louis-Philippe. Deux enfants, Louise et Philippe-Emmanuel,naitront de cette union, qui semble tout d'abord heureuse bien que le couple doivent vivre en exil. Ils rentreront en France en 1873, à l'abrogation de la loi d'exil. 

 

Sophie-Charlotte-Augustine-and-Ferdinand-Philippe.jpg

Sophie et son mari, le duc d'Alençon

 

Mais Sophie tombe amoureuse de son médecin, marié, père de famille et le scandale couve. Pour l'éviter, Sophie est internée par son mari dans un sanatorium spécialisé dans le traitement des troubles sexuels (à grands coups de bains glacés et autres joyeusetés). Combien de temps y restera-t-elle ? Quelques mois disent certains, quelques années disent d'autres. Un biographe occulte même complètement cette épisode. Elle sera déclarée guérie mais, d'après sa nièce Marie-Valérie, restera mélancolique. La vie reprend son cours et Sophie marie ses deux enfants. Louise épouse Alphonse de Bavière, un lointain cousin.Louise.JPGLouise d'Alençon et Alphonse de Bavière

 

Mais l'événement qui fait que Sophie est rentrée dans l'histoire survient un an avant l'assassinat de sa soeur aînée. Elle participe, comme tant d'autres dignitaires, à l'inauguration du bazar de la charité. L'incendie se déclare. Les hommes se pressent de sortir, bousculant les femmes sur leur passage (très peu d'hommes trouveront la mort dans cet incendie). Sophie se conduit de manière héroïque selon le témoignage des survivants : ceux qu'elle a aidés à sortir. Elle-même refusera de partir. De son corps, on retrouvera peu de choses, au point que ce sera son dentiste qui seul pourra l'identifier. Sa mort en causera une autre : l'oncle de son mari, le duc d'Aumale, qui l'aimait beaucoup, succombera à une crise cardiaque en apprenant la nouvelle.

chateau-baviere

 

 


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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 00:07

Mon article du jour sera consacrée aux deux filles de Sissi.

Il sera bref car je sais peu de choses sur elles.


Gisèle est la deuxième fille de Sissi. Elle est née en 1856. Elle et sa soeur aînée Sophie tombent malade lors d'un voyage à Buda en 1857. Gisèle guérit, pas Sophie. Elisabeth ne s'en remettra jamais, et sa belle-mère ne manquera pas de la juger responsable - je vous laisse deviner à quel point cela a pu peser sur la vie de Sissi. Gisela est élevée par sa grand-mère, comme son frère Rodolphe. Ils étaient très proches.

Elle se marie à 16  ans avec le prince Léopold de Bavière.

Gisele.jpg

Les deux soeurs, Gisela et Maria Valeria.


Elle aura quatre enfants :

Elisabeth (1874-1957). Comme sa cousine Elisabeth, fille de Rodolphe, elle contractera un mariage qui ne conviendra pas à sa famille.

Augusta (prénom de la mère du prince Léopold  - elle se mariera à l'âge de 18 ans et aura six enfants - 1875-1964).

Georg (1880-1943). Il a été marié un an puis le mariage avec Isabelle d'Autriche-Teschen a été "annulé". Il a ensuite fait des études de théologie et est devenu prêtre.

Conrad (1883-1969). 

Gisela-et-ses-enfants.jpgGisela, ses quatre enfants et son mari.

Gisela est morte en 1932.


Marie-Valérie était l'enfant préféré de Sissi, la seule qu'elle ait réellement voulue.

Elle a également fait un mariage d'amour, un an après le suicide de son frère, avec François Salvador d'Autriche-Toscane. Rodolphe aurait été opposé à ce mariage car François Salvador était le cousin de Marie-Valerie : les deux jeunes gens s'étaient rencontrés lors d'un bal. Ce qui est sûr est que Sissi a soutenu sa fille afin qu'elle ne fasse pas un mariage "arrangé" comme ses deux aînés. Le mariage fut-il heureux ? Rien n'est moins sûr.


Marie-Valérie a eu dix enfants :

Elisabeth (1892-1930)

Franz Karl Salvator (1893-1918),

Hubert Salvator (1894-1971),

Hedwig (1896-1970),

Theodor Salvator (1899-1978),

Gertrude (1900 - 1962),

Mary (1901-1936),

Clemens Salvator (1904-1974)

Mathilde Maria Antonia Ignatia (1906-1991),

Agnès (1911-1911).

 

Marie-Valerie-et-ses-enfants.jpg

Maria Valeria est morte en 1924.

valerie.jpg

Maria Valeria von Osterreich.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 10:16

Elisabeth d'Autriche dite Sissi (1837-1898) est connue de tous, ne serait-ce que par la trilogie mettant en scène Romy Schneider. Mais qui était-elle vraiment ?

 

Elisabeth.jpg

 

24 décembre 1837 : naissance d'Elisabeth dite Sissi, quatrième enfant et deuxième fille du duc Maximilien de Bavière et de la duchesse Ludovica de Bavière. Maximilien était considéré comme un excentrique, Ludovica aurait souhaité une union plus prestigieuse, comme celles de ses soeurs.

1853 : l'empereur d'Autriche François-Joseph annonce ses fiançailles avec elle, la préférant à sa soeur aînée Hélène.

1854 : mariage avec l'empereur François-Joseph.

1855 : naissance de sa première fille, Sophie.

1856 : naissance de sa seconde fille, Gisèle.

1857 : Sophie meurt, lors d'un voyage officiel en Hongrie. L'impératrice Sophie reprochera cette mort à sa jeune belle-fille. Elisabeth a dix-neuf ans, elle est anéantie par la mort de sa fille.

1858 : naissance de Rodolphe, son fils unique. Comme ses soeurs, elle ne pourra l'élever, l'impératrice Sophie la jugeant incompétante.

1860 : Elisabeth tombe gravement malade. On lui diagnostique la tuberculose. Elle part à Madère puis à Corfou, accompagnée de sa soeur aînée. Dès lors, elle ne cessera d'être obsédée par sa ligne (elle ne dépassera pas le poids de 50 kilos pour 1 m 72) ni de voyager, scandalisant la cour. De même, dans ses lettres, elle prend davantage de nouvelles de ses chiens et de ses cheveaux que de ses enfant.

1864 : son fils Rodolphe est confié à un précepteur particulièrement cruel. Elisabeth, voyant les souffrances de son fils, parvient à faire plier l'empereur qui lui donnera un précepteur plus humain.

1867 : elle est couronnée reine de Hongrie.

1868 : naissance de Marie-Valérie, sa dernière fille, la seule qu'elle pourra élever comme elle l'entend. Sissi lui voue un amour exclusif (un paravent entier était consacré aux photos de Marie-Valérie).

P1030359.JPGMarie-Valérie pose ici avec Shadow, le chien préféré de Sissi.


Les voyages continuent, mais dès cette période, ce sont les drames qui ont jalonné la vie de l'impératrice que l'on retient. Elle fuit Vienne, constamment, pratique la gymnastique, l'équitation, s'affame en suivant des régimes plus extravagants les uns que les autres. Bien avant la presse people, elle contrôle son image. Dès la trentaine, elle refusera que son visage soit photographié, dissimulant son visage sous une voilette ou derrière un éventail.

1886 : mort de Louis II de Bavière.

1889 : mort de Rodolphe, à Mayerling. Par choix, Elisabeth s'habillera plus qu'en noir.

1890 : sa fille préférée Marie-Valérie se marie. Elle aura dix enfants. Sissi ne cessera désormais plus de voyager puisque plus personne ne la retient à Vienne. 

1893 : mariage de sa petite-fille Augusta de Bavière, seconde fille de Gisèle.

1896 : mort de sa soeur Sophie, brûlée vive lors de l'incendie du Bazar de la charité.

1898 : Sissi est assassinée à Genève. Son assassin souhaitait assassiner une personne de sang royal : sa cible était le duc d'Orléans. Le fait qu'il ait raccourci son séjour en Suisse lui a sauvé la vie et a précipité le destin de l'impératrice d'Autriche-Hongrie.

 

Je ne terminerai pas cet article sans citer quelques références bibliographiques :

- Sur les pas de Sissi de Jean des Cars, Perrin, 1998 : très bel ouvrage qui présente les lieux où l'impératrice a vécu ou séjourné lors de ses voyages.

- Mes années avec Sissi, par Irma Szataray, Petite bibliothèque Payot, 2008.

- Sissi, l'impératrice anarchiste de Catherine Clément : un petit livre parfait pour découvrir la vie de Sissi.

- Sissi, une vie retrouvée d'Agnès Michaux : un roman qui prend Elisabeth d'Autriche comme narratrice. Un très bel hommage à la souveraine.

 

J'espère consacrer lors de ce mois un article à chacune de ses soeurs, dont les destins ont aussi été exceptionnel : Hélène, Marie, Mathilde et Sophie.

chateau-baviere

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 20:37

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Ce n'est pas la paresse d'écrire des articles, non, j'ai juste eu envie de vous proposer une photo qui a survécu au précédent naufrage du disque dur de l'ordinateur de bureau.

 

Je ne connais l'identité que de deux personnes, les deux jeunes filles assises au milieu. Suzanne (née le 17 février 1911), la deuxième en partant de la gauche, et Georgette (née le 18 janvier 1910), sa soeur aînée, assise à ses côtés. Les deux soeurs se sont mariées en juillet 1927, Suzanne avait seize ans, Georgette dix-sept, je pense que la photo a été prise avant leur mariage respectif. Je pense que le chien appartenait aux deux soeurs : être pris(e) en photo avec son animal de compagnie est une tradition familiale.

 

Ultime précision : Georgette est ma grand-mère.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 13:19

Je relais, après Syl, l'information du blog d'Asphodèle, que vous pouvez consulter en cliquant ici.

 

Les vacances arrivent, les abandons se multiplient. C'est la période où les chatons et les chiots reçus en cadeaux à Noël sont abandonnés parce qu'ils coûteraient trop cher à faire garder. Le mieux est encore d'abandonner la chienne, la chatte avec ses petits, parce que la stérilisation, ça coûte trop cher. 

 

Si vous êtes en Vendée, si vous aimez les chats et si vous en avez la possibilité, aidez l'association Nos amis les animaux à trouver un maître pour Timy et Chipie qui seront euthanasiés la semaine prochaine si une famille d'accueil n'est pas trouvée d'ici là. Les familles d’accueil n’ont AUCUN FRAIS à engager, la nourriture, les soins vétérinaires sont à la charge de NALA.

 

Ceux qui me connaissent un peu savent que :

- j'habite trop loin.

- j'ai déjà beaucoup de boules de poils.

Sinon, je les aurais déjà recueillies.

 

 

N'hésitez pas à aller visiter le site de l'association : http://nosamislesanimaux.com  

timy-1-nala-2a0140e.jpgchipie1-nala-2a013e2.jpg

 

Timy                                                                             Chipie

 

  Edit : Timy et Chipie ont trouvé une famille d'accueil. Il reste néanmoins de nombreux chats et chiens qui recherchent un foyer.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 11:56

La roulotte est de retour sur mon blog ! Je reprends la suite de Cécile et de Vilvirt. Je dois utiliser les mots poisson, bourgeon, malédiction, réunion et enfant.

 

roulotte

 

Avec son sourire le plus innocent - celui qu'elle réservait à la cour et à Dominique - Anne entrouvrit doucement la porte...

-      Albach !

-      Votre Majesté !

Devant elle se tenait un homme qu’elle n’attendait pas avant plusieurs jours. Il semblait dans un piteux état, son uniforme, pourtant renforcé grâce à un alliage que son peuple avait mis au point, portait des traces de déchirures. Aux pieds d’Albach gisait le malheureux garde. Aucune blessure n’était apparente.

-        Albach, gronda la Siréus, abandonnant pour son sous-lieutenant toute sa douceur. Elle gardait ses mignardises pour ceux qui ne savaient pas ce que dissimulait les traits parfaits de son visage. Vous venez de massacrer mon dîner.

Du bout de sa pantoufle, Anne toucha le garde, et fronça ses jolis sourcils. Il n’était pas mort, juste endormi.

-        Je n’avais pas le choix, votre Majesté. S’il m’avait vu, il aurait donné l’alerte, s’il avait donné l’alerte, d’autres gardes seraient venus, s’ils étaient venus, j’aurai été obligé de les massacrer, si je les avais massacrés, nous aurions dû dissimuler les corps…

Pendant que le garde poursuivait sa litanie, Anne, après s’être assurée que le couloir était désert, tira violemment le garde endormi dans la chambre et le fit léviter jusque sur son précieux sofa. D’une passe rapide, elle mesura le degré d’enchantement. Albach n’y était pas allé de main-morte, le garde ne se réveillerait pas avant trois jours, sans garder aucun souvenir de ce qui lui était arrivé (fort heureusement, sinon, il en été quitte pour des nuits de cauchemar). Anne était toujours étonnée qu’un Siréus aussi fruste que le sous-lieutenant Albach ait pu accéder à ce poste tant convoité.

-        Vous serait-il possible de m’expliquer ce que vous faites ici ? Mis à part gâcher mon dîner. Vous n’êtes pas sans savoir que l’ensorcèlement rend les Lepidopteranus impropres à la consommation pendant plusieurs jours. Et où se trouve Retty ? 

Retty. Le capitaine de ses gardes. Le seul en qui elle avait totalement confiance. Le seul à partager son désir de revanche démesuré. Le seul à connaître l’étendu de ses sacrifices. Son double. Son frère d’armes. Son frère tout court.

Albach mit un genou à terre. Pas facile quand on est un homme-poisson et qu’on ne rêve que de plonger dans une rivière pour se remettre de ses blessures. Même la plus puissante des magies – et Anne lui reconnaissait au moins ses qualités de magicien hors-pair- ne parvenait à dissimuler complètement les plaies jaunâtres qui strillaient son visage..

-      Votre Majesté, nous avons été attaqués.

-      Impossible. Les Lepidopteranus sont trop occupés, les Arachnéens sont bien trop primitifs. Même la réunion de ses deux peuples ne pourrait vaincre ma garde.

-      Nous avons été attaqués par des créatures inconnues.

-      Sottise. Ma mère a répertorié tous les peuples connus, mon frère et moi nous avons patiemment approfondi ses recherches, aucun n’a pu nous échapper. Vous ne les avez pas reconnus.

-      Votre majesté Siréenne, nous étions en train de remonter le fleuve, la nuit, par mesure de précaution. Le capitaine Retty allait en tête et nous guidait, quand soudain des créatures inconnues ont fondu sur nous et nous contraint à plonger plus profondément. Il faisait sombre et nous n’avons pu les distinguer…

-      Fondu ? interrompit brutalement Anne. Essaieriez-vous de me dire qu’elles volaient et pouvaient plonger sous l’eau ?

-      Oui, votre Majesté. Hélas ! Le fleuve n’était pas très profond, et nous n’avons pu leur échapper. Elles nous ont attaqués sans pitié, blessant nos camarades avec leurs griffes acérées. L’une d’entre elles, leur chef, semble-t-il, n’a pas plongé. J’en ai déduit (ou plutôt mon frère vous a soufflé cette idée pensa Anne) qu’elle coordonnait les opérations et qu’elle… qu’elle s’activait à éliminer notre sortilège de protection. Aussi soudainement que l’attaque avait débuté, ses créatures sont reparties laissant certains d’entre nous pour mort. Le lieutenant a succombé à ses blessures, bien qu’il n’ait pas quitté le fleuve un seul instant. Votre frère s’est défendu jusqu’au bout

-      Ne me dites pas qu’il est mort !  

Rendons-lui justice. La douce Anne, au naturel, tient plus de la harpie que de la sirène (ou alors, aux  sirènes rencontrées par Ulysse et ses compagnons). Elle empoigna Albach et la frêle jeune fille dont Dominique était épris fit goûter au sous-lieutenant la délicatesse du plafond de sa chambre. Ce fut l’occasion de constater qu’il était particulièrement solide (le sous-lieutenant. Parce que le plafond souffrit de légères et utiles avaries). Elle aurait bien expédié le sous-lieutentant  par la fenêtre, mais faire atterrir un homme-poisson sur les arbres en bourgeon aurait anéanti son plan. La bienséance nous interdit de révéler le tombereau d’injures dont Anne abreuva le malheureux. Sachez seulement que "poisson d'eau douce" fut le plus tendre.

Pendant qu’elle reprenait son souffle, il lui révéla que non, son frère n’était pas mort. Il était en si piteux état qu’il avait chargé son lieutenant de ramener sa sœur, qui seule pouvait le guérir. La malédiction de leur race voulait que seul le sang d’un frère ou d’une sœur ait des vertus thérapeutiques, quand l’eau ne parvenait plus à les régénérer.En utilisant leurs capacités magiques au maximum, ils pouvaient être sur les lieux en trois heures. 

-      Vous n’auriez pas pu me le dire tout de suite ! Nous réglerons le problème des poissons volants plus tard. Si mon frère n’en réchappe pas, je ferai goûter à la cour une nouvelle recette de soupe de poisson.

 

Anne se déchaîna, renversant des meubles, blessant le garde endormi en le jetant à terre. Albach n’intervint pas : même sans son expérience d’aujourd’hui, il savait qu’il fallait éviter le plus possible de contrarier les projets de la reine, à plus forte raison quand on ne les comprenait pas.

 

-      Quand les Lepidopteranus verront la chambre et l’état de ce malheureux garde, ils en déduiront que j’ai été à nouveau enlevée. N’est-ce pas le propre des jeunes filles innocentes, sages et bien nées d’être enlevées ? Ils sont si naïfs que ce sera vraiment un jeu d’enfants de les berner. La première fois, j’ai craint de dévoiler ma véritable identité, aujourd’hui, c’est moi qui orchestre l’événement. Partons !

 

 Et tandis qu’un brouillard les enveloppait, elle annonça au sous-lieutenant qu’il était désormais nommé lieutenant, en lieu et place de son prédécesseur. 

 

 Le voyage fut éprouvant pour le tout nouveau lieutenant. Quand Anne ne lui répétait pas la procédure qu’ils devraient suivre pour sauver son frère, elle le forçait à répéter encore et encore le récit de l’attaque. Il fut bien plus soulagé qu’elle quand ils arrivèrent sur la rive. Il était temps : Retty n’avait plus la force de métamorphoser ne serait-ce qu’un seul de ses cheveux. Les soldats survivants entouraient leur chef, et saluèrent leur princesse. Anne s’agenouilla auprès de son frère, et dénuda son bras droit. Albach, d’un geste sûr, trancha une veine de son poignard. Le sang, jaunâtre, coula légèrement. Retty avait à peine la force d'avaler le précieux liquide. Anne était si inquiète qu'elle ne pensait même pas à dire à son frère que le courage, c'est bien, la survie, c'est mieux. Si jamais elle tenait les emplumés qui avaient osé blesser son frère....

 

Un cocon protecteur commençait seulement à entourer son frère, signe que sa guérison était en bonne voie, certes, mais surtout qu'une régénérescence plus profonde était nécessaire. Elle eut une pensée pour cette petite sotte de Cathy-Rose, la première depuis longtemps. Que pouvait-elle faire, elle et sa troupe de joyeux lurons à l'heure qu'il était ? 

 

Je cède à nouveau les rènes de la roulotte. Les mots à insérer seront : aveugle, cœur, sommeil, rire et souvenir.

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:15

roulotte

 

La roulotte de Syl repasse par ici. Je prends le relais de Cécile, qui m'a donné les mots peur, liberté, beauté, dieu, pluie diluvienne à insérer dans cet épisode. Le voici :

 

- Du calme, du calme.

Un homme se détacha du groupe. Il paraissait assez âgé. Son visage était marqué de rides profondes, pourtant il se dégageait de son regard une infinie douceur.

- A moins que les pouvoirs de Clarence n’aient accru de manière considérable, il ne serait pas capable de métamorphoser ainsi les membres de sa milice. Je suis Perceval de Sermisy, prince des Soricis. Vous êtes ici sur notre territoire, sur lequel règne ma fille, la reine Cressilda. Qui êtes-vous ?

Sylphide s’avança, prête à prendre la parole, quand Zlatan l’arrêta d’un geste. Sylphide frémit. Et si tout ceci n‘était qu‘un guet-apens ? Si ces mystérieuses créatures n’étaient autre que des alliés des arachnéens ? Elle braqua sur lui son arquebuse miniature.

- Sylphide, lui sussura Zlatan, crois-tu vraiment qu’il soit nécessaire de montrer notre manque de cohésion ?

- Excusez-moi, dit le prince des chauve-souris en toussotant. Cette jeune femme, dit-il en désignant Cathy, toujours inconsciente, me semble mal en point. Ne serait-il pas mieux de la transporter au palais ? Il est tout proche et très vaste.

- Majesté…. commença un des gardes, plus grand et plus musclé que les autres. Le crâne rasé, marqué de tatouages, le nez cassé, les yeux brillants d‘un regardé halluciné, il semblait ne faire qu’un avec son arc.

- Toby, je sais que vous souhaitez uniquement protéger mes filles et mes petits-enfants. Je sais aussi que vos hommes risquent d’être pris de crampes. Quelle que soit leur capacité de concentration, j’ai peur qu’une flèche ne parte par accident. Et là, Toby, je ne saurai comment expliquer à ma fille aînée que nous avons maladroitement transpercé … des visiteurs pendant notre promenade. Je n’ai toujours pas entendu votre nom, s‘enquit-il auprès de Zlatan.

- Je suis Zlatan, roi des arachnéens, et cette jeune femme est Cathy-Rose de Plessis, reine des Lepidopteranus.

- J’ai toujours cru que l’existence de ces deux espèces était une légende, s‘exclama Perceval. Ne me dites pas que nous assistons à sa métamorphose ? Dépêchez-vous, formez un brancard et téléportez-vous jusqu’au palais. Le ciel se couvre et je crains qu’une pluie diluvienne ne s’abatte sur nous.

- Nous n’abandonnerons pas notre reine, s’exclama Gaston.

- Qui vous parle de l’abandonner ? Vous aussi, vous allez vous téléporter avec nous. Prenez-ma main et partons ». Il joignit le geste à la parole, et ils disparurent tous les deux, bientôt suivis par les gardes, emportant Cathy et chacun des membres de l’expédition.

 

Quand Cathy se réveilla, le lieu dans lequel elle se trouvait était plongé dans une semi-obscurité. Un instant, elle se demanda dans quel lit elle se réveillerait, quels draps la berceraient. Elle ouvrit les yeux et saperçut quelle lévitait au-dessus du lit.

- Grâce à Dieu, elle s’est réveillée.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Le cri sortit de la gorge de Cathy. Elle battit des bras frénétiquement, avant de retomber sur le lit.

- Ne craignez rien Livia. Nos literies sont moelleuses et solides.

Cette petite voix aigüe lui était inconnue. Cathy tourna la tête dans sa direction. Une femme était assise dans un fauteuil. Elle semblait petite, et très maigre. Elle portait une grande robe sombre et brillante, ses cheveux étaient ramassés en un ample chignon. Comment pouvait-elle supporter d'attendre ainsi dans le noir ?

La jeune femme se leva et sassit sur le lit. Pourquoi Cathy était-elle étonnée ? Ce quelle avait pris pour de longues manches bouffantes étaient en réalité des ailes repliées.

 

- Je puis les rendre invisibles si je le veux, mais je nai pas envie de gaspiller une précieuse énergie. Nous sommes en guerre nous aussi. Cressilda de Sermisy, reine des Soricis, fille de Perceval de Sermisy et de feue la reine Margareth de Soricis. Je ne saurai dire à quel point je suis heureuse de faire votre connaissance. Quand j’étais enfant,

 

 

mon père nous racontait à Cassidie et moi la légende de votre peuple. Dire que ce conte est une réalité ! Je regrette que ma mère ne puisse le voir. Ne vous fatiguez pas, vous venez de vivre une épreuve particulièrement douloureuse.

- Vous êtes pourtant restée évanouie peu de temps, murmura Livia. Jamais un Lepidopteranus ne s’est métamorphosé aussi vite, ni n’avait obtenu de tels pouvoirs. Je vais vous servir un verre d’eau. Vous devez vous réhydrater.

A murmurer ainsi, Livia inquiétait fortement Cathy. L'épreuve avait donc été aussi atroce ? Elle n'en gardait aucun souvenir.

- Notre peuple a un avantage sur le vôtre, reprit Cressilda. Nous ne subissons pas de métamorphose. Nous vivons un apprentissage assez long et difficile du vol - ma sœur a usé la patience de presque toutes ses gouvernantes, sans compter ses professeurs et nous avons dû revoir l‘élasticité du plafond.

 

- Où sont les miens ? murmura Cathy. Livia était à ses côtés, elle ne semblait pas prisonnière. Cette obscurité la faisait frissonner.

- Ils sont dans l’antichambre, près à entrer dès que vous le souhaiterez.

- Gaston et Dominique montent la garde, précisa Livia

- Ils se seraient battus pour savoir qui prendraient le premier tour de garde, précisa Cressilda. Je les ai donc départagés en leur disant qu’ils n’avaient qu’à vous protéger en même temps. Si j’écoutais Toby, le chef de mes gardes, je vous priverai de liberté, je vous soumettrais à mes pouvoirs magiques afin de vous faire avouer je ne sais quel secret ou je vous forcerais à retourner d’où vous venez. Je tiens à préciser que si Toby s’inquiète autant pour moi, c’est qu’il est aussi mon mari et, bien entendu, le père de mes deux enfants.

Livia tendit le verre d’eau à Cathy, qui tendit aussitôt la main. Surprise, la jeune fille la regarda comme si cette main lui était étrangère. A la clarté des bougies, elle crut que ses doigts s’étaient affinés et que ses ongles étaient devenus plus fort, comme si elle s’était offert une manucure grand luxe. Cressilda claqua des doigts et la pièce s’illumina.

- Nous aussi, nous savons user de la magie.

Cathy retint un cri de terreur. Les yeux de la jeune reine étaient blancs, striés de fines veines rougeâtres.

- Je suis désolée de vous infliger ce spectacle, dit-elle, amère. Je m’y suis habituée et en dépit de l’état de mes yeux, je vois. Personne ne veut me croire, pas même mon garde du corps de mari, tellement chef de mes gardes qu’il n’a plus le temps d’être mon mari.

- Comment est-ce arrivé ? demanda Cathy.

- Difficile à dire, je suis née ainsi. Personne dans notre famille n‘est affligée de cette malformation, pas même mon cousin Clarence. Il a fomenté une rébellion contre moi et m’a envoyé un tueur. Je le lui ai renvoyé, ligoté, bâillonné et empaqueté par mes soins. Il a pu témoigner de la vivacité avec laquelle je lai maîtrisé. C’était bien mieux que de le tuer. Dire que Clarence n’est que le moindre de mes soucis, soupira la reine des Soricis .

 

- Puis-je les faire entrer, demanda Livia.

- J’aimerai avant, demanda timidement Cathy, me regarder dans un miroir.

- Impossible, dit la reine. Nos ennemis nous espionnaient grâce à eux, et ni moi ni nos mages n’avons encore trouvé de moyens de détruire ce sortilège.

- Alors faites entrer… tout le monde.

Les portes s’ouvrirent. Dominique et Gaston entrèrent les premiers, Aaron et Zlatan leur emboitaient le pas, suivis de

Marat, Elena, Jade, Eydan et Alex, qu’entouraient quatre hommes chauve-souris. Cathy ne put s’empêcher de frémir devant la laideur de l’un d’entre eux. Il était plus grand que les autres, particulièrement musclé et ses yeux charbonneux semblaient lui lançaient des éclairs . Était-ce pour se rendre plus effrayant ? Son crâne était entièrement rasé et couvert de tatouages. Contrairement aux autres qui se tenaient à distance respectueuse, il s’approcha de la reine et se plaça près d’elle, protecteur. Cathy comprit sans peine qu’il devait être le dénommé Toby. Peut-être sa laideur était-elle correspondait-elle aux critères de beauté des soricis. Que pouvait-elle en dire ? Devant elle, les arachnéens la regardaient avec des yeux exorbités. A croire qu’au lieu de s’être métamorphosé, il lui était poussé un bouton sur le nez. Elle en était là de ses sombres réflexions quand elle entendit la reine des chauve-souris s’éclaircir la voix et déclarer :

 

- Moi, Cressilda Margareth de Sermisy mettra tout en œuvre pour aider les Lepidopteranus et les Arachnéens dans leur quête.

 

 La suite la semaine prochaine... Je laisse à Liliba les mots suivants :

citrouille, bougie, faim, rivière et franchise 

 

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 11:21
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