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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 19:55

Noe.jpg

Titre :Noé.

Auteur : Claire Clément.

Editeur :Bayard Jeunesse.

Nombre de pages : 169.

 

Quatrième de couverture :

 

A la disparition de sa mère, Noé, dix ans, est recueilli par ses grands-parents paternels, qui habitent sur une péniche. Ils sont mariniers. Ce nouvel univers plaît beaucoup à Noé, mais l'absence de sa mère lui pèse. Quant à son père, il n'a pas de nouvelles de lui depuis l'âge de deux ans. Heureusement, il a Homère, un canard, à qui il confie sa tristesse ; Gaëlle, si jolie, si vivante, dont il tombe amoureux. et puis Freddy, le capitaine du "Bon Vent", qui lui apprend à naviguer et à jouer de la guitare. Petit à petit, Noé réapprend à sourire, à s'amuser, à faire confiance.

 

Mon avis :

 

 J'ai découvert récemment les romans de Claire Clément, et La petite Caillotte m'a tellement plu que j'ai eu envie de renouveler l'expérience.

 

Que dire, si ce n'est que Noé est encore mieux.

 

Pourtant, les thèmes abordés sont difficiles : Noé perd sa  maman, et nous raconte sa douleur brute, et les changements dans sa vie. Noé est cependant chanceux : ses grands-parents sont des êtres aimants, remplis de tact, comme le déroulement du récit va nous le montrer. Reste une ombre, une absence : le père de Noé n'a plus donné signe de vie depuis huit ans, et Marie, sa maman, n'a eu de cesse de le rabaisser plus bas que terre devant son fils.

 

Oui, je laisserai planer le suspens, je ne vous dirai pas dans quelle circonstance Noé retrouvera son père, ni comment ses retrouvailles se passeront. Je vous dirai seulement que Noé a beau idolâtrer sa maman - il n'a pas vraiment eu le choix, il n'avait qu'elle - son récit laisse deviner, parfois, la personnalité jusqu'au boutiste de cette femme. Ou comment aimer trop, c'est aussi parfois mal aimer. Je suis d'autant plus touchée que j'ai moi-même un caractère poussé vers l'extrême : je sais pourtant que je ne prendrai jamais de décisions aussi radicales que Marie, surtout si j'étais maman.

 

Très beau roman, Noé nous fait découvrir, avec des mots simples, la vie quotidienne des mariniers, sa rigueur et ses dangers insoupçonnés. Ces voyages au fil de l'eau, semés de rencontres, sont l'occasion pour Noé de renouer avec la vie, peu à peu. Bien sûr, la douleur est toujours vive, et l'auteur ne nous fait pas croire qu'elle peut disparaître, elle montre simplement comment Noé reprend goût à la vie,sans jamais oublier le bonheur passé.

 

Une très belle oeuvre.

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 17:04

RIRE-MILO-EGLAL-ERRERATitre : Le rire de Milo.

Auteur : Eglal Errera.

Editeur : Actes Sud Junior.

Nombre de pages : 91.

 

Quatrième de couverture :

 

Milo a murmuré :

- Samir... Samir... Si je pouvais le voir ou juste l'entendre encore une fois.

- Et il est où ce Samir ? j'ai demandé.

- Mais au Caire voyons ! a dit Milo comme si l'Egypte était le seul endroit où pouvait se trouver son cher ami. Voilà pourquoi nous avons atteri mon père et moi dans la chaleur étouffante du Caire. Nous avons une mission de la plus haute importance à accomplir : retrouver Samir Kamel.

Lui seul peut sauver Milo. C'est une question de vie ou de mort.

 

Mon avis :

 

Je constate avec joie que la nouvelle génération d'auteurs de littérature jeunesse ne craint pas d'aborder des sujets épineux et surtout, de les traiter avec beaucoup de finesse et de sensibilité.  Ce roman est un véritable coup de coeur.

 

Irènen la narratrice, a onze ans. Elle aime écrire, mais ses histoires sont souvent décousues, c'est du moins ce que lui dit son professeur de français, aussi prévient-elle d'entrée de jeu son lecteur qu'elle va faire de son mieux pour lui conter cette histoire. De fait, Irène est une narratrice primesautière, dont la fraîcheur et l'humour ne doivent pas faire oublier le sérieux.

 

Les parents d'irène sont d'un autre temps (son prénom le pourve), et n'aiment rien temps que lui faire visiter des musées, des expositions, écouter de la musique classique, alors qu'elle ne rêve que de regarder sa série télévisée préférée et d'écouter les derniers tubes. N'allez pas croire qu'Irène souffre de cette situation. Elle est très attachée à ses parents, notamment à son père, qui voue une passion toute particulière à l'Egypte sous toutes ses formes. C'est donc tout naturellement que cette famille est devenue amie avec Milo, leur voisin depuis deux ans, qui fut libraire au Caire. Il tranche, par sa franchise, avec leurs proches et son rire le rend unique.

 

Un jour, c'est l'accident, et la convalescence de Milo ne se passe pas comme prévu. Il a beau être choyé par tous ses amis, il ne parvient pas à se remettre. Le père et la fille vont alors se lancer dans un voyage en Egypte afin de retrouver Samir, un ami cher au coeur de Milo. Peut-être l'aurez-vous déjà compris, Samir fut bien plus qu'un ami pour Milo. Cette révélation - car s'en est une pour Irène, du haut de ses onze ans - est contée avec pudeur, justesse et émotion. Je n'ai garde pourtant d'oublier que ce roman, pourtant bref, est aussi un fabuleux voyage au coeur de l'Egypte, son passé et ses traditions.

 

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 20:46

calamity.jpg

Titre : Lettres à sa fille.

Auteur : Calamity Jane.

Editeur : Rivages.

Nombre  de pages : 127.

 

Quatrième de couverture :

 

Le 8 mai 1941, Madame Jean McCormick, invitée de l'émission "We the people" sur CBS, déclare être la fille de Calamity Jane et tenir en sa possession les lettres que sa mère lui a écrite durant vingt-cinq ans. Le monde entier découvre alors une Calamity Jane sensible et aimante, une femme rongée par le remords d'avoir abandonné son enfant qu'elle ne pouvait élever. Cette femme d'exception, figure emblématique du Far West, voulait que sa fille connaisse une vie stable et profite dune éducation solide. Elle la fit adopter à l'âge d'un an par un couple originaire de l'Est, Jim et Helen O'Neil.

 

Précision :

 

Certains historiens américains considèrent ses lettres comme apocryphes. Ne pouvant juger, puisque je n'ai pas le texte original sous les yeux, je prends le parti de considérer ses lettres comme authentiques.

 

Mon avis :

 

J'ai eu l'impression de lire un texte brut, peu travaillé. Les phrases sont courtes, hachées, comme écrites dans l'urgence.  Les répétitions sont très nombreuses, les contradictions aussi (sur les raisons qui ont poussé Jane à abandonner sa fille, notamment). Il est vrai que la situation est souvent précaire, et que contrairement aux épistolaires célèbres, Jane manque de tout (encre, papier, support) pour écrire en toute sérennité. Surtout, le danger n'est jamais loin. Il peut s'agir d'une attaque d'indien, de bandits, ou plus simplement du sentiment de solitude qui étreint Jane lors de ses rendez-vous annuels avec sa fille.

 

On ne trouvera pas ici les marques habituelles de la correspondance. Les dates ne sont pas toujours indiquées, les lieux encore moins. Jane n'entretient pas une correspondance suivie, puisque Janey ne lui écrit jamais, par contre le soucis de savoir si sa fille la lira un jour est constant. En filigrane, apparaissent les lettres de Jim, et surtout les photos qu'il lui envoie.

 

Des personnages marquants émergent de ces lettres, Wild Bill, bien sûr, qui fut (peut-être) son mari. A aucun moment, elle ne cache la violence à laquelle ils ont été confrontés, elle assure cependant toujours Janey de la parfaite honnêteté de son père  tout comme elle ne cesse de vanter les qualités de Jim O'Neil, père adoptif aimant et attentif. Puisque tes pères sont des gens biens, ta mère est une personne bien, me paraît être le discours sous-jacent. Très souvent reviennent aussi la litanie des personnes qu'elle a aidée, le plus souvent jeunes, comme si Jane avait un trop plein de sentiments maternels. Nous croisons également quelques figures marquantes de l'Ouest, comme Buffalo Bill ou Jack Dalton. Nous découvrons aussi à quel point la vie pouvait être difficile pour une femme qui voulait vivre comme un homme dans l'Ouest. Tour à tour joueuse de pocker, conductrice de dilligence, mais aussi infirmière et cuisinière (livrant au passage quelques recettes de cuisine), Jane se montre de plus en plus amère, dure avec elle-même autant qu'avec autrui. Et si elle rend hommage aux hommes, elle n'oublie pas son cheval, son "pauvre vieux copain fidèle".

 

A lire si vous aimez le Far West et le genre épistolaire.

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 19:10

Brisson.jpgTitre : On dirait le Sud.

Auteur : Dominique Brisson.

Editeur : Syros.

Nombre de pages : 117.

 

Quatrième de couverture :

 

"On avait mis le cap sur Clermont-Ferrand, sachant qu'une fois là-bas il faudrait choisir la direction finale ; le sud de l'est, le sud de l'ouest ou le sud du sud. Pour le moment, on n'avait toujours pas réussi à se mettre en short et on continuait d'empiler les tee-shirts. Mais Maman, optimiste, trouvait que la végétation commençait à changer. "

 

Zap et sa maman, qui ont des soucis, quittent Aubervilliers sur un coup de tête. Direction : le sud ! Embarqués à bord de l'Estafette Renault que leur a prêtée Grand Tonton, et qui va devenir leur maison de voyage, mère et fils laissent derrière eux les villes pour bientôt faire connaissance avec les paysages... C'est parti !

 

Mon avis :

 

Zap est un tout jeune adolescent, aux bouffées de violence quasi-incontrôlables. Il en est la victime autant que ceux qu'il roue de coups. Ni lui ni sa maman ne savent plus que faire, jusqu'au jour où, après le licenciement de sa mère, ils vont prendre la route et essayer de reconstruire leur vie.

 

 Je suis curieuse de savoir comment mes élèves vont accueillir ce livre. Il est joliment écrit, le récit est bien construit. Le vocabulaire et la syntaxe sont simples, ce sont plutôt les situations que rencontre Zap qui vont les surprendre. En effet, Zap est un enfant des villes, il n'a jamais mis les pieds à la campagne (est appelé "campagne" toute ville plus petite que Paris) et ne comprend pas comment on peut y vivre. Il est même effrayé par des vaches ! Je pense que cela fera beaucoup rire mes élèves, à moins qu'ils n'aient pas envie de poursuivre la lecture.

 

Ce serait dommage, car au cours de ce road-movie pour enfants, Zap et sa maman vont faire des rencontres déterminantes, qui vont modifier leur avenir. Ce voyage est une occasion de se retrouver, de retrouver leurs vraies envies (la maman de Zap étouffait dans son métier). Au bout de la route se trouve l'apaisement.  

 

Un regret tout de même : le roman est bien trop court. 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 21:26

Suites-imperiales_Bret-Easton-Ellis.jpgTitre : Suite(s) impérial(e)

Auteur :Bret Easton Ellis.

Editeur :Robert Laffont.

Nombre de pages :  228.

 

Quatrième de couverture :

 

Au milieu d'une nuit de cauchemar, deux mots apparaissent sur le miroir d'une salle de bain : "Disparaître ici". Vingt-cinq ans plus tôt, ces mêmes mots se déployaient sur un panneau publicitaire de Sunset Boulevard.

Un matin, des étudiants découvrent près d'une poubelle ce qu'ils imaginent être un drapeau américain trempé de sang. C'est en fait un cadavre.

A la fin d'un weekend de drogues et d'orgies à Palm Springs, une fille contemple une montagne au-delà de la plaine désertique et murmure : "C'est le lieu du passage". Elle ajoute en pointant le doigt : "C'est ici que vit le diable".

 

Circonstance de lecture :

 

Je tiens à remercier chaleureusement BOB. Quand j'ai postulé pour ce livre, je ne pensais pas une seule seconde être retenue. J'ai eu une excellente surprise en lisant mon nom.

 

Mon avis :

 

En refermant ce roman sur un dernier coup de théâtre, j'ai senti la nécessité de retourner en arrière, de relire certains passages dont le sens avait singulièrement changé face à cette révélation. J'éprouvai là le sentiment que l'on ressent en général à la lecture d'un bon roman policier, pourtant il m'est impossible de classer Suite(s) impériale(s) dans cette catégorie.

 

La mort est pourtant omniprésente. Le roman s'ouvre sur la découverte d'un cadavre, elle se clôt sur un meurtre, et entre temps, d'autres meurtres ou disparitions auront été évoqués. Clay lui-même vit dans l'appartement d'un jeune homme mort, dont l'absence l'obsède. Pourtant ces morts ne rencontrent d'indifférence. Les enquêtes ne sont évoquées que de loin en loin, personne n'est inquiété. Les mort sont racontées avec froideur, les descriptions des corps mutilés sont d'une précision clinique. J'ai l'habitude de lire des romans policiers sanglants, cependant tant de froideur m'a secouée. Elle est pourtant pleinement assumé par Clay, le narrateur.

 

Clay n'est pas le personnage principal du récit, il est à peine le personnage principal de sa propre vie. Il est un témoin (encore une fonction héritée du roman policier) qui ne comprend rien à ce qu'il voit, ni aux raisons qui font qu'il est harcelé, espionné, menacé. Il a beau rencontré ses proches (le terme "ami" me semble trop fort), les échanges verbaux le renvoient à chaque fois à des faits qu'il devrait connaître et qu'il ignore - non parce qu'ils lui ont été cachés, mais parce que Clay ne s'intéresse pas assez aux autres pour s'inquiéter de ce qu'ils leur arrivent.

 

Chanceux, Clay ? Oui, il s'en tire à bon compte. Manipulé, et de quelle manière, il est lui aussi un manipulateur. Scénariste en vogue, lucide sur la valeur de son travail, il abuse du petit pourvoir que lui donne sa position pour asservir de jeunes actrices. Il n'est jamais question d'amour avec Clay, juste de possession. La peinture du milieu du cinéma est plus que sombre. Pas d'actrices, juste des starlettes prostituées, dont les amants, qui se prétendent les amoureux, rangent leur costume d'agent pour celui plus lucratif de souteneur. Ses corps parfaits sont en fait des corps souffrants, livrés à toutes les addictions (drogue, alcool, bistouri), quand ils ne se retrouvent pas, comme celui de Julian, torturés jusqu'à l'anéantissement.

 

La lecture de ce roman fut une expérience destabilisante, que je n'ai pas envie de renouveler de sitôt.

 

challenge-du-1-litteraire-2010

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 22:00

Murrail.jpgTitre :  L'assassin est au collège.

Auteur :Marie-Aude Murail.

Editeur : L'école des loisirs.

Nombre de pages : 174.

 

Quatrième de couverture :

 

Qui est responsable des événements inquiétants qui agitent le collège Saint-prix ? Qui est l'auteur des lettres anonymes envoyées à M. Agnelle, le directeur, et pourquoi ce dernier semble-t-il au bord de la folie ? Qui s'amuse à voler les copies dans les casiers des professeurs, et à les noter avec du sang humain en guise d'encre ? Pourquoi Claire Delmas, élève de sixième 2, écrit-elle dans une rédaction qu'elle se fait toujours assassiner ? Et pourquoi saute-t-elle par la fenêtre quelques jours plus tard ? Et quelle est la fonction du dénommé Alcatraz ?

Pour résoudre ces énigmes, c'est à Nils Hazard et Catherine Roque, le détective étruscologue et la championne d'arts martiaux, le fameux tandem de Dinky rouge sang, que l'inspecteur Berthier fait appel.

Ils acceptent. Mais c'est un oui qu'ils auraient de nombreuses raisons de regretter.

 

Mon avis :

 

Je connaissais l'oeuvre de marie-Aude Murail grâce à la série Golem, qu'elle a co-écrit avec son frère et sa soeur (encore une découverte due à des élèves grands lecteurs).  Grâce à Pimprenelle, j'ai découvert ce mois-ci l'oeuvre de Marie-Aude "en solo", et je pense que ce n'est pas la dernière fois que je lis un de ces romans.

 

Nous avons à faire à un pétillant roman policier. Les enquêteurs sont hors-normes. Nils Hazard et sa secrétaire Catherine Roque forment un couple pétillant et explosif. Leur chamaillerie savoureuse ne les empêchent pas de s'impliquer dans l'enquête, de manière fort peu conventionnelle il est vrai. Ils m'ont fait pensé aux Beresford, les héros d'Agatha Christie. Face à eux, le policier fait pâle figure.

 

Le récit oscille entre la drôlerie et la gravité. Après une situation initiale qui distille l'angoisse, la résolution de certains problèmes détend le récit, qui retrouve un second souffle. J'ai cru alors que nous nous orientons vers un dénouement attendu. Il n'en était rien, car de nouveaux rebondissements vont nous conduire vers une toute autre problématique. Marie-Aude Murail n'hésite pas à donner un mobile d'une rare noirceur pour un roman policier de jeunesse, preuve qu'elle ne craint pas d'aborder des thèmes difficiles.

 

Un peu caricaturaux, les enseignants ? Là encore, il est nécessaire d' aller au-delà des apparences, et surtout, au-delà d'une conception manichéenne des personnages.

 

Ai-je dit que ce livre était très bien écrit, et que Marie-Aude Murail n'hésite pas à détourner certaines citations célèbres ? "Vous êtes mon lion superbe et généreux "? Et bien maintenant, c'est fait.

 

J'ai passé un très agréable moment en leur compagnie, et je suis prête à partager une nouvelle enquête avec Nils et Catherine.

 

untitledmarie aude

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:10

noirdehors2.jpgTitre : Noir dehors.

Auteur : Valérie Tong Cuong.

Editeur : le livre de poche.

Nombre de pages : 189.

 

Quatrième de couverture :

 

Une nuit d’août étouffante à New York. Soudain, c’est la panne générale. Tout s’arrête. Naomi, la si jolie « pute  à crack » enfermée en compagnie de l’énigmatique Bijou, dans un bar clandestin de Brooklyn, Simon, l’avocat médiatique, bloqué au 36e étage d’une tour déserte du Financial District, et Canal, ainsi baptisé depuis qu’on l’a trouvé nourrisson sur le trottoir de Canal Street, à Chinatown, voient leur destin basculer. La ville qui ne dort jamais devient une scène chaotique où s’entrechoquent les plus extrêmes solitudes.

 

Mon avis :

 

Ce roman est sobre et concis. D’emblée, il nous plonge dans une atmosphère inquiétante, car il montre que notre société est à la merci de toutes les machines qui composent notre vie quotidienne et qu’il est facile de sombrer dans le chaos le plus complet. Ceux qui ont peu sont les mieux armés pour survivre, tant ils ont déjà appris à vivre sans le superflu.

 

Trois narrateurs se succèdent. Les trois points de vue alternent sans que jamais ils ne soient redondants. Les récits rétrospectifs sont fréquents et  s’intègrent avec souplesse et naturel dans la linéarité du récit. Ils éclairent la personnalité des personnages secondaires, tout comme les réminiscences de leur passé nourrissent les narrateurs.

 

Apparemment, tout sépare Simon de Naomi et de Canal. Simon est avocat, riche et célèbre. Il méprise abondamment tous ceux qui l’entourent. Cause ou conséquence ? Il est seul. Même sa maîtresse est virtuelle. La vie de Naomi et de Canal est bien plus précaire. Naomi est au comble de la misère sociale : droguée au crack, prostituée et cloîtrée dans un bar miteux, elle vit dans une dépendance totale envers son souteneur. Bijou, sa compagne d’infortune, est son seul soutien. Canal, un jeune homme chinois, est lui aussi prisonnier de sa boutique. Pourtant, il a conquis sa liberté intellectuelle et spirituelle. Sa sagesse lui permet d’affronter la vie, sans lui avoir ôté sa générosité.

 

Le thème de la chute, et de la rédemption est omniprésent. Les personnages ont envie de se jeter dans le vide, de se dissoudre et de disparaître. Chacun a sa manière d’y parvenir, y compris en sombrant dans la déchéance la plus profonde.

 

Si je ne devais retenir qu’un personnage, ce serait le père Joaquin, exemple parfait d’altruisme, de pugnacité et de désintéressement.

Objectif

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:00

meurtriers_sans_visage.jpgTitre : Meurtriers sans visage.

Auteur : Henning Mankell.

Editeur : Points.

Nombre de pages : 386.

 

Quatrième de couverture :

 

Dans une femme isolée de Suède, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné. Avant de mourir, la vieille femme murmure un mot : «étranger ». Il n’en faut pas plus pour provoquer une vague de violence contre les demandeurs d’asile de ka région. Le commissaire Wallander va devoir agir vite, sans tomber dans le piège de la xénophobie ambiante qui brouille les pistes.

 

Mon avis :

 

Mes dernières lectures policières nordiques se sont montrées assez décevantes, et je me suis demandée si je retrouverai un jour un roman qui me conviendrait. Sans grande conviction, j’ai sorti Meurtriers sans visage de ma PAL. J’ai commencé à le lire, et je ne me suis arrêté qu’à la descente du train.

 

L’intrigue est habilement construite. Elle s’étend sur six mois, ce qui donne une impression de réalisme : dans la vie, il est rare qu’une enquête soit résolue en une seule journée (voir certaines séries télévisées). Les meurtres sont sauvages, pourtant les descriptions sont pudiques, empruntes de compassion envers les deux victimes. J’ai suivi pas à pas chaque étape de l’enquête, tant elle est raconté avec soin. Les datations sont extrêmement précises, comme si nous lisions un journal de bord. Les descriptions sont brèves mais riches ! elles recréent l'univers sonore et visuel qui entoure l'enquête.

 

Cette première enquête va en entraîner une seconde, qui soulève de grands problèmes de société : comment sont traités les demandeurs d’asile quand ils arrivent dans un pays ? Comment sont-ils intégrés ou plutôt, comment sont-ils systématiquement écartés ? Quels sont les réactions de la population du pays d’accueil ? Mankell dresse un tableau très sombre de la situation. L’hostilité grandissante trouve des échos dans les organisations d’extrême-droite, qui étendent de plus en plus leur ramification et fixent des objectifs qui font froid dans le dos. Les camps de réfugiés ressemblent tragiquement aux camps de concentration. Quant aux journalistes, ils soufflent le chaud et le froid pour discréditer les immigrés et la police.

 

Comme dans toute série policière, la personnalité de l’enquêteur a une grande importance. Est-ce un effet voulu ? Kurt Wallander est toujours désigné par son nom et son prénom, alors que ses adjoints n’ont droit qu’à leur nom de famille. Du coup, c’est lui qui focalise l’attention. Il m’a rappelé de nombreux héros policiers. L’inspecteur Morse, pour son goût de la musique classique. Comme Erlendur, il est divorcé, rencontre de grandes difficultés avec sa fille. Comme Harry Hole, il a tendance à noyer ses problèmes dans l’alcool. Mais Kurt Wallander est une création à part. S’il ne ménage pas ses hommes, il s’implique personnellement dans son enquête (il suffit de voir les blessures qu’il récolte), tout en résolvant ses problèmes familiaux. La grande force de Wallander est de n’être ni un personnage figé (il évolue considérablement au cours de ses quatre cent pages) ni un personnage résigné. Cette phrase le définit parfaitement : « la justice, ce n’est pas seulement le fait que les gens qui commettent des crimes soient punis. Pour nous, c’est aussi le fait de ne jamais renoncer ».

Objectif

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 15:53

mariendiaye-trois-femmes-puissantes.jpg

 

Titre : Trois femmes puissantes.

Auteur : Marie Ndiaye.

Editeur : Gallimard.

Nombre de pages : 317.

 

Quatrième de couverture :

 

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s’appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacun se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

L’art de Marie Ndiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparence douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d’une prose impeccable et raffine, dans les méandres d’une conscience livrée à la pure violence des sentiments.

  

 

 

Mon avis :

 

J’ai eu beaucoup de mal à lire ce livre. Je ne le qualifierai pas de romans, mais plutôt du regroupement de trois longues nouvelles. Leur point commun est la violence faite aux femmes. Violence physique ? Non, violence morale. J’ai cherché d’autres liens entre les nouvelles, j’ai parfois eu le sentiment d’en trouver (des lieux, des noms), mais ce n’était pas le cas.

  

Norah semble avoir pris son destin en main : elle est avocate, elle a une fille. Pourtant, elle ne s’est pas libérée de son passé. Si elle regagne sa dignité, ce n’est qu’à la fin de la nouvelle, après avoir subi de nombreuses humiliations, y compris devant sa fille et son compagnon.

  

La seconde nouvelle est sans doute la plus insoutenable, car elle est racontée du point de vue du bourreau, lui-même victime de ses sentiments de culpabilité, de sa colère et de sa jalousie, incontrôlables tous les deux. En creux, se dessine le destin sacrifié de Fanta, le harcèlement moral dont elle est victime.

  

La troisième nouvelle montre une jeune femme à la fois résignée et combattive. Les épreuves n'ont pas entamé sa liberté - toute spirituelle, hélas.

   

Je reconnais néanmoins que la langue est dense, riche, poétique et que les états d'âme des protagonistes sont analysés de manière très fouillés. Elle n’en rend le récit que plus amer.

 

Je reconnais que la langue est dense, riche, poétique. Elle n’en rend le récit que plus amer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 18:20

nous-etions.jpgTitre : Nous étions des êtres vivants.

Auteur : Nathalie Kuperman.

Editeur : Gallimard.

Nombre de pages : 203.  

 

Quatrième de couverture :  

 

« Cela faisait maintenant une année entière que nous étions à vendre. Nous avions peur de n’intéresser personne, pour le plan social. On attendait le grand jour, le jour des pleurs, des adieux, et peut-être éprouvions-nous quelque plaisir à rendre poignantes, par avance, ces heures où nos vies basculeraient, où nous serions tous dans le même bateau, agrippés les uns aux autres avant de nous quitter pour toujours. Et puis, un jour, alors que nos habitudes avaient repris le dessus et que nous continuions à travailler comme si rien ne devait advenir, on nous a réunis pour nous annoncer qu’un acquéreur potentiel était en pourparlers. Des sourires se sont peints, des grimaces aussi. Nous avions cessé d’y croire. Retourner à l’espoir n’était pas chose simple. »

Ils étaient des êtres vivants, ils se trouvent soudain au bord du néant social. Nathalie Kuperman fait entendre, non sans humour ni colère, leurs voix intérieures, ponctuées en basse continue par le chœur des salariés : un chant de notre époque.

 

Mon avis :

 

Nathalie Kuperman nous raconte une tragédie moderne en trois actes, avec chœur et personnage. L’unité de temps (un weekend, pas plus) est respecté, et le changement de lieu va être cause de bouleversement.

 

Se pourrait être un roman social, qui rappellerait Zola, si ce n’est que la solidarité n’est qu’un mot. Le but de chacun n’est pas tant de lutter pour conserver la maison d’édition dans son intégrité mais de garder ses avantages acquis et bien sûr, son métier. Deux camps se dessinent, dans cette entreprise : ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas. Pour les premiers, la défense est facile : ce n’est pas moi, en tant que salarié productif, qui mérite de conserver mon poste, c’est moi en tant que personne dont dépendent d’autres personnes (et tant pis si j’ai toujours fait passer mes enfants au second plan à cause de l’entreprise). Pour les deuxièmes, la situation est plus critique. L’entreprise et leur carrière sont toutes leurs vies, comme Muriel ou Agathe. Sans enfants, elles ont développé des passions enfantines, pour ne pas dire puériles et inquiétantes, proches de la névrose.

 

Il faut dire que l’univers dans lesquels les personnages évoluent est dédié à l’enfance. Tout autant que sur le monde du travail, et les moyens de le pervertir, ce roman interroge sur le devenir des publications pour enfants, à l’heure du numérique. Il est dommage que le roman ne fasse qu’effleurer cette question. Surgit alors Paul, le repreneur, le seul qui ne sera jamais narrateur. Il se rapproche de l’ogre des contes pour enfants : gros, laid, prêt à tout dévorer sans pitié, il répand les clichés les plus éculés sur tous les sujets que vous voudrez.

 

Lors de la première partie, les chapitres sont relativement courts. Chaque narrateur, dont la voix intérieur bourdonne, est nommé en tête de chaque partie. Tous, sauf la DG : le prénom importe peu, seule la fonction a force de loi. Puis, les chapitres prennent de l’ampleur dans la seconde partie, emmenée par la détermination folle d’une seule personne. La troisième partie est plus mesurée : étonnement des uns, froide analyse de l’autre, apaisement pour de trop rares personnes. Reste toujours l’impossibilité dans cette débâcle, de s’unir.

 

Nathalie Kuperman signe un état des lieus du monde du travail en France, sans espoir d’aucune sorte.

 

Ce livre participe au challenge 1 % littéraire 2010.

 challenge-du-1-litteraire-2010

 

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