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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:04

9782757823552FS.gifédition Points  - 734 pages

 

Mon résumé :

 

Janvier 1997. La veille de ses six ans, Bliss Rampike est retrouvée assassinée dans la cave de la maison familiale. Qui a pu tuer cette jeune vedette de patinage artistique ? Dix ans après, son frère rédige Petite soeur, mon amour, et essaie de comprendre ce qui a pu se passer.

 

Mon avis :

 

LA PLU~1Joyce Carol Oates ne montre pas l'envers du rêve américain, elle le fait littéralement voler en éclats. Pour atteindre son but, elle détourne une forme convenue : le livre-confession autobiographique. Ce genre littéraire commercial fleurit aux Etats-Unis mais aussi en France (je n'ai pas de titres en tête, je ne lis pas ce genre de prose, je sais simplement qu'elle existe. Joyce Carol Oates donne l'illusion du réel en concentrant tous les codes du genre sur sept cents pages, en écrivant avec une maestria, une ironie douloureuse, une lucidité sans faille ce récit sordide.

 

Elle s'est inspirée d'un fait divers tristement célèbre : l'assassinat non résolu d'une mini-miss JonBennet Ramsey. Des reportages, et même un téléfilm ont été consacrés à ce meurtre, montrant la manière dont les parents exploitaient leur fille, mais aussi insufflant l'idée que le frère aîné n'était pas étranger à sa mort. Un pédophile est passé aux aveux en 2006, mais les enquêteurs ont montré les incohérences de son témoignage. Le dossier a été rouvert fin 2010. Voilà pour les faits "réels". Retournons maintenant au roman.

 

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dans la famille Rampike. Le père a un excellent travail, qui lui a permis d'acheter une maison dans un quartier chic. Sa femme ne travaille pas, comme il se doit, elle se consacre à l'éducation de son fils, Skyler, le "petit homme" de maman, puis d'Edna Louise, sa fille, un bébé qui passe son temps à pleurer. Leur but ultime, déjà ? Paraître, à tout prix. Personne ne fait attention à madame Rampike, qui essaie d'initier son fils au patinage artistique. Elle peine à entrer en relation avec les familles en vue, celles qui habitent dans des quartiers encore plus chic que le sien. Le drame survient. Non, je ne parle pas du meurtre - pas déjà - je parle de la chute qui laissera Skyler handicapé, à la suite d'un accident à l'entraînement de gymnastique. Skyler perd dès lors presque tout intérêt aux yeux de son père, qui n'en fera jamais le grand champion dont il rêvait. Par contre, il pourra intenter un procès à son entraîneur et d'obtenir une somme d'argent substancielle - première dénonciation du système judiciaire amércain - et reporter la responsabilité sur lui, et non sur sa volonté de paraître - déjà.

 

L'image est ce qui compte plus que tout. Paraître, toujours. Le jugement moral n'est pas écrit noir sur blanc, non, il est là, dans le ton employé par Skyler, dans ses remarques persiflantes. Bientôt, Edna Louise ne sera plus, elle sera Bliss, et tant pis si ce choix déplaît à madame Rampike mère dont elle porte le prénom, ce choix ne l'avait pas amadoué, pourquoi le conserver ? Bliss entre sur cette scène qu'est la patinoire, et tous les regards convergent vers cette enfant de quatre ans qui patine si bien. Cette enfant aura très vite les mêmes costumes qu'une patineuse adulte (les descriptions, précises, sont autant d'invites pour un certain public masculin), elle sera maquillée, non pour aguicher, non parce qu'elle n'est pas très jolie mais parce que c'est nécessaire, ses cheveux seront teints, bref, Edna Louise est complètement dépossédée de son identité première, afin de plaire, pas seulement au jury, mais surtout à ses propres parents, passés maître, surtout la mère, dans le chantage affectif et religieux.

 

Bigote, madame Rampike ? Sans doute, elle qui prie si souvent, et se reproche de ne pas avoir prié assez en cas de défaite. Elle s'est forgée une foi à son image, je l'imagine fort bien en championne de la casuistique, elle qui déforme chaque précepte pour l'utiliser à son avantage. Le pire, bien sûr, est qu'elle n'en a aucunement conscience, tout comme son mari n'a aucunement conscience que sa culture n'est que de la cuistrerie, qui en serait presque risible n'étaient son attachement viscérale à ses principes, aussi déformés qu'un reflet dans un palais des glaces. 

 

Risibles, oui, ils le seraient si la tragédie n'était au milieu du chemin. Ils le seraient par le décalage flagrant entre leurs paroles et leurs actes. Ils sont surtout abjects, et tout une industrie avec eux. Pas besoin de dénoncer, il suffit juste pour Skyler d'annoncer le nombre de maladies mentales qui lui ont été diagnostiquées, le nombre de médicaments que lui et sa soeur ont été constraints de prendre, pour soigner les sus-dites maladies ou pour augmenter les performances sportives, pour rendre plus dociles aussi. La moindre rébéllion est aussitôt étiquetée et soignée, à la plus grande joie des industries pharmaceutiques. Il lui suffit aussi de révéler ce qui a été fait des images de sa soeur, et des batailles autour de ce "droit à l'image", chèrement remportée par la famille éplorée. Il suffit de montrer sa mère, devenue écrivain (!) afin de raconter la véritable histoire de sa fille puis de montrer comment elle avait surmonté sa douleur.

 

Pour jouer le jeu de la vérité, Joyce Carol Oates montre Skyler en train de s'interroger. Sur la justesse de ses souvenirs ou de sa reconstitution. Sur son droit à raconter tel ou tel fait. Etre multiple, le Skyler lecteur sourit presque du Skyler écrivain, encore sous le coup de ses névroses, tout comme celui-ci se détache du Skyler souffrant qui est pourtant le personnage de base de ce récit - lui et Bliss, indéfectiblement liés. Paradoxe ultime ou pirouette finale, Skyler choisit de ne pas révéler la vérité sur le meurtre de sa soeur, tout en le montrant à lire dans le récit. Skyler ne peut pas dire quelque chose qu'il n'a pas fait. 

 

Tous les sujets peuvent être traités en littérature. Il faut juste avoir la puissante écriture de Joyce Carol Oates pour en tirer un ouvrage destabilisant, dérangeant, et parfaitement réussi.   

 

  

challenge-abc2012

  J'inscris aussi ce livre au défi la plume au féminin


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commentaires

Céline72 16/02/2012 19:07

Il va falloir que je découvre cet auteur

Sharon 16/02/2012 20:49



Je me suis inscrite au challenge Joyce Carol Oates pour approfondir ma découverte.



valou 22/11/2011 14:57

9a pourrait être intéressant, pour février ou mars...je pense avoir besoin d'un petit appui pour attaquer ce pavé..est ce que par hasard ta lc volumineuse ne serait pas "Le passage" de Justin
Cronin...j'en suis aussi ;-)

Sharon 22/11/2011 16:00



Non, ma LC ne contient pas ce livre, j'ai beaucoup de mal à honorer mes LC en ce moment, notamment à cause de la période charnière des conseils de classe. J'ai corrigé 50 copies aujourd'hui, il
m'en reste approximativement une centaine d'autres à corriger.



valou 21/11/2011 21:23

j'ai Blonde dans ma PAL...si tu veux au début 2012, on pourrait peut-être se soutenir toutes les deux et se lancer ensemble dans ce pavé monstrueux...édition Stock pour moi...

Sharon 21/11/2011 22:18



Le soucis, c'est que j'ai déjà une LC pour un pavé le 20 janvier 2012. On peut toujours essayer de se fixer une date après ?



mimipinson 21/11/2011 12:34

Auteur que je redoute encore d'affronter......

Sharon 21/11/2011 22:19



Il est vrai que je n'oserai peut-être pas aborder tous ses titres non plus. Petite soeur mon amour a été un coup de coeur pour moi, mais j'ai lu aussi des avis négatifs du genre "pour fan de
Joyce Carol Oates seulement".


Merci de ta visite.



valou 20/11/2011 20:07

un auteur à découvrir de toute urgence me concernant, ce roman me fait de l'oeil, mais je veux lire avant au moins un des deux dans ma PAL "Blonde" et "Les chutes"...j'ai lu en début d'année
"Premier amour"...j'avoue ne pas avoir fait de billet dessus, car dans le dérangeant elle avait fait fort, je en pense pas avoir pris le mieux pour une première approche....

Sharon 21/11/2011 11:28



J'ai commencé avec Fille noire, fille blanche, et ce n'était pas un roman facile non plus. Je rêve de lire Blonde, maintenant.



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