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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 17:31

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édition Gallimard - 222 pages.

 

Présentation de l'éditeur (extrait) :

 

Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d'altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d'accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l'intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota « ethnique » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.
Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d'insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d'autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu'il a bâti pour elle.

 

Mon avis :

 

 1994 : génocide au Rwanda. Nous connaissons tous cette date. Mais avant ? Que s'est-il passé pour que ce pays connaisse ce déchainement de violence ? Notre-Dame-du-Nil nous raconte le passé récent de ce pays.

 

Dans ces années 70, le Rwanda s'est enfin défait de la domination coloniale de la Belgique. Il ne faut pas y regarder de trop près, néanmoins : certains professeurs viennent de Belgique, d'autres sont des coopérants français, et la visite de la reine des Belges est un événement capital dans l'existence si feutrée, si protégée du monde des lycéennes de Notre-Dame-du-Nil.

 

Là encore, il ne faut pas se fier aux apparences. Les héroïnes sont jeunes, elles sont promises à un bel avenir,  parce qu'elles étudient dans ce lycée, où elles ont été admises après un examen national. En réalité, elles sont ici parce qu'elles viennent des meilleures familles, celles qui sont proches du pouvoir, celles qui sont riches, et que, grâce à leurs diplômes, elles permettront à leurs parents de conclure de meilleures alliances. Elles peuvent être là aussi comme Virginia parce qu'elles font partie du quotat tutsi : 10 % des élèves doivent appartenir à cette ethnie. La mise en place de ces "quotats" est déjà en soi un avertissement.

 

Gloriosa, Virginia, Véronica, Modesta, Goretti (de sainte Maria Goretti, je suppose) : de jolis prénoms pour les pensionnaires de Notre-Dame-du-Nil, prénoms imposés, comme elles le disent elles-mêmes. Elles possèdent toutes un autre prénom, leur vrai prénom, celui qui leur a été donné par leur famille, dont la signification est hautement symbolique pour elles. Ces deux prénoms illustrent leur double culture : celle, occidentale, dispensée dans le lycée, celle, rwandaise, donnée dans les familles - pas toutes, cependant. Virginia, qui retrouve pourtant avec bonheur les siens aux vacances scolaires et effectue tous les travaux quotidiens avec joie, devra partir à la recherche des anciennes coutumes de son pays afin d'accomplir une cérémonie ancestrale. J'ai beaucoup aimé ses récits qui apportent de rares moments d'apaisement dans un quotidien qui ne l'est plus du tout.

 

En effet, la tension ne cesse de monter au cours, savamment entretenue par quelques personnages. Je ne parle même pas du prêtre, personnage visqueux au possible, et qui justifierait à lui seul mon anticléricalisme viscéral. Je ne parle pas non plus de la mère supérieure, qui symbolise à elle seule le comportement des occidentaux : ne rien voir (ou faire semblant de ne rien voir) et ne rien faire. Non, la tension est solidement entretenue par une élève, Gloriosa, d'autant plus dangereuse qu'elle connait les arcanes du pouvoir, maîtrise parfaitement son discours haineux et sait parfaitement doser ses effets : "Mon père dit qu’on ne doit jamais oublier de faire peur au peuple" Elle a bien appliqué la leçon.

 

J'ai été littéralement emportée parce cette histoire, racontée avec des mots puissants. J'ai eu l'impression d'être auprès de ses jeunes filles, broyées par l'absurdité de l'histoire. J'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture et j'ai très envie, au delà du jury du Prix Océans, de continuer à découvrir l'oeuvre de cette auteur. 

 

Je terminerai ce billet par une citation de Virginia, personnage central de ce livre : Nous autres les Tutsi, nous savons garder nos secrets. On nous a appris à nous taire. Il le faut bien si l’on tient à la vie.

 

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commentaires

Céline72 22/07/2012 11:08

Ça l'air pas mal du tout, je prends note.

Sharon 22/07/2012 12:03



Merci Céline : certaines scènes sont un peu dures.



Valou076 20/07/2012 13:46

je ne me rappelais plus que tu faisais partie de ce jury...tu vas être bien dépaysée j'imagine avec ces romans...je pense que celui-ci ne finira pas chez moi par contre...

Sharon 20/07/2012 19:17



J'ai un peu de mal à m'y habituer : en général, j'ai peu de chance avec mes candidatures.


Oui : celui que je lis en ce moment se passe entre Tanger et Malte, un autre nous emmène dans le Transybérien.



Mistymiaou 19/07/2012 22:48

Oh ! Ca a l'air très intéressant ! Je lis peu de romans sur l'Afrique, je dis toujours qu'il faut que je m'y mette mais je ne le fais jamais.
Tu as publié pas mal de notes de lecture d'un coup, l'inspiration est revenue ? Je reviendrais les lire petit à petit.
Bonne fin de soirée.

Sharon 19/07/2012 22:56



Je ne peux pas dire non plus que j'en lise beaucoup. Le fait que j'ai posé ma candidature pour le prix Océans a fait que je m'y suis mise avec un peu plus d'assiduité.


Pas vraiment, non : j'ai mis deux heures (montre en main) à rédiger cet avis. Cut, cela fait huit jours que j'essayai d'écrire l'article. Eux sur la photo, cela faisait un mois que j'essayai J'ai
encore deux avis récents en retard, mais l'un d'entre eux, je le garde pour le 1er août.


Bonne fin de soirée à toi aussi.



Catherine 19/07/2012 20:30

Très intéressant, je le note. Scholastique, quel drôle de prénom ! Bonne fin de semaine.

Sharon 19/07/2012 20:35



Merci Catherine.


Dans mon arbre généalogique, j'ai eu des prénoms tout aussi surprenant. J'ai une pensée spéciale pour mes aïeules Sainte-Hélène (1821-1844), Sophronie ou Marie-Croix.



mimipinson 19/07/2012 19:36

Des livres pas forcément coup de coeur, mais qui ont tous leur intérêt, et que je n'aurais pas forcément lu d'emblée. Donc de belles découvertes

Sharon 19/07/2012 19:44



C'est déjà beaucoup de trouver des livres qui ont tous un intérêt. Il y a quelques années, j'ai fait partie du jury du livre de poche, et, au cours d'un mois, j'ai du voter non pour mon livre
préféré, mais pour le moins pire. C'était tout de même génant.



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